CHAPITRE Ilf
— Ah ! bien moins à présent; vous êtes plus belle, plus parée, plus élégante, plus jeune...
— Je suis pourtant son aînée.
— C'est possible, mais vous ne le paraissez pas ; je ne regrette assurément pas l'amélioration de votre état, mais je vous aimais bien avec ce regard mélancolique, doux, un peu vague, si semblable à celui de maman.
— Si bien que lorsque j'aurai repris ma santé, et ma beauté, comme vous dites, vous ne m'aimerez plus du tout.
— Oh ! si fait, ma tante, vous êtes si bonne pour moi !
— C'est vous, mon enfant, qui avez été bonne pour moi jusqu'à présent, mais... '>
La maréchale n'acheva point, par déUcatesse, la phrase qui était sur ses lèvres aussi bien que dans son cœur, et après un instant d'hésitation, elle ajouta :
(( Mais nous ferons plus ample connaissance ; tenez, ma chère petite, voilà un poëme qu'on m'a vanté dernièrement ; aimez-vous les vers ?
— Quand ils sont très-beaux, ma tante, je les préfère à la prose ; mais en général je trouve que la poésie est comme le violon, pas plus que lui elle ne supporte la médiocrité ; quand elle ne s'élève point au sublime et racle sur les cordes, elle me fait grincer les dents, » répondit-elle en montrant deux rangées de perles orientales qui plurent à la maréchale encore beaucoup plus que les paroles, quoiqu'elles