CHAPITRE III
science, et chacun de ces hommes distingués se plut à développer un si heureux naturel accompagné d'une si grande simplicité. La duchesse de Montford, la seule admise encore à ces réunions intim-es, raffolait de madame de Saveuse et la vantait perpétuellement dans le monde sans réfléchir qu'elle lui préparait l'inimitié des autres jeunes femmes; déjà on commençait à la désigner sous le nom de la merveille d'Uzerche et de la muse du Limousin.
Quelques semaines s'écoulèrent ainsi ; le salon de madame d'Aubemer s'était rouvert graduellement ; les visiteurs, plus nombreux, rendaient les soirées bien moins intéressantes, madame de Saveuse en lit la remarque à sa tante :
« Je'vois, ma chère enfant, » lui répon-
dit-elle en souriant, a que vous traitez mon salon comme moi, vous nous aimez mieux en bonnet de nuit ; mais, » ajouta-t-elle plus sérieusement, « la conversation est comme' toutes les autres jouissances, il ne faut pas l'user ; elle doit arriver par hasard, imprévue, naturellement, quand les circonstances se trouvent propices et que les causeurs se rencontrent sans dessein, car alors ils portent des paroles attachantes comme les arbres portent des fruits et elles arrivent à leur temps. Pendant que j'étais très-faible et que ces messieurs se réunissaient en petit nombre autour de ma chaise longue, la conversation, j'en conviens volontiers, était en oiïet plus nourrie et plus brillante : ce moment a été pour eux-mêmes comme une saturnale