‹ La maréchale d'AubemerChapitre 42 sur 155 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

d'esprit; ils étaient sûrs de n'être point dérangés, point interrompus, quoique cependant bien écoutés, bien appréciés...

et puis, ma chère petite, mes vieux amis posaient un peu devant vos beaux yeux.

— Ah ! ma tante !

— Oui, ma nièce, c'est comme cela ; mais eux-mêmes se seraient promptement blasés sur cette nécessité de toujours produire, nos réunions auraient dégénéré en bureau d'esprit et rien ne tue davantage l'esprit véritable. Croyez-en mon expérience, la conversation est alternativement la chose la plus tenace et la plus fugitive du monde ; quelquefois elle s'établit obstinément, en dépit de toutes les interruptions, surmontant tous les obstacles; plus souvent le vol d'une mouqhe, un fauteuil dé-

placé la dérangent; faut-il s'en affliger démesurément? Non, du tout; elle reprendra à son temps, demain, tout à l'heure, et le vol de cette mouche, ce fauteuil déplacé lui auront peut-être fourni un autre texte qui la rajeunira et lui procurera de nouvelles grâces. Ce qui est nécessaire à la conversation, ce sont des gens distingués, qui s'y plaisent, mêlés à quelques savants et à une certaine proportion de femmes et' de personnes un peu futiles, mais intelliligentes ; après cela, laissez faire, moins on la conduira, plus elle trouvera son chemin. Lorsque je serai complètement rentrée dans ma vie accoutumée, je veillerai davantage, et vous verrez les entretiens que vous regrettez commencer alors que l'heure des visites insignifiantes est

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