‹ La maréchale d'AubemerChapitre 44 sur 155 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

convalescence], l'avaient jusque-là empêchée de répondre à sa lettre ; elle s'assit pour la première fois à son bureau, et, déjà disposée à l'attendrissement, épancha son âme avec plus d'abandon qu'il ne lui était ordinaire, revint sur leur affection de jeunesse, sur le chagrin de l'éloignément, de la longue séparation, et parla de la comtesse Lionel en termes faits pour trouver de l'écho dans le cœur maternel de Caroline.

Lionel de Saveuse dînait assez fréquemment chez la maréchale. Elle faisait bonne chère et il y était sensible ; mais surtout il avait recueilli que dîner à l'hôtel d'Aubemer passait pour être fort à la mode et cela l'y encourageait. Il s'y ennuyait mortellement, n'y faisant aucune espèce

d'effet, et n'y restait jamais pendant la soirée, mais venait parfois chercher sa femme pour la ramener chez elle. Entraînée un soir par l'intérêt d'une discussion sur la littérature, elle avait retenu Lionel plus tard qu'il ne comptait. A peine assis en voiture il lui dit avec humeur :

(( Je vous déclare que je ne veux pas subir le ridicule d'être montré au doigt comme le mari d'un bas-bleu !

— En vérité, mon cher ami, vous êtes tout à fait à l'abri de ce danger, » repritelle en riant; <( je suis bien trop ignorante pour vous faire courir ce risque ; mais il n'y a, je vous assure, ni prétention, ni pédanterie dans les discours que j'écoute avec tant de plaisir... Quoi ! vraiment, Lionel, cela ne vous amuse pas?

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