CHAPITRE III
11 partageait son temps entre deux sociétés : l'une qu'il tenait de ses relations de parenté et où il allait par prétention en s'y ennuyant fort, parce qu'on y faisait peu d'état de sa personne ; l'autre composée de quelques familles originaires du Limousin et déjeunes gens un peu subalternes, où il était reçu avec de grands égards. 11 se pavanait à y raconter ce qu'il entrevoyait dans les salons plus élégants et se faisait écouter comme un oracle ; c'était là qu'il se plaisait le mieux et arrangeait des parties de promenades et de spectacle sans se douter que ces parties et les minauderies des femmes qu'il accompagnait, toutes parisiennes qu'elles pouvaient être nées, l'estampillaient provincial au premier chef. L'installation presque complète
de madame de Saveuse chez la maréchale lui convenait parfaitement jusque-là; mais depuis quelques jours la princesse Simon de Montford s'était mise à faire des avances au beau provincial; elle le voulait, disait-elle, pour tambour-major à la cohorte de ses adorateurs, s'en moquait hautement, même devant lui, et travaillait assidûment toutefois à lui tourner la tête. Un instinct secret de jalousie contre madame de Saveuse, dont l'éloge l'importunait dans la bouche de sa belle-mère, l'avait portée à ce caprice, et sa méchanceté naturelle lui faisait chercher à indisposer Lionel contre une femme qui lui déplaisait sans qu'elle l'eut jamais vue. Ce soir-là même, dans sa loge à l'Opéra, où M. de Saveuse avait tenu à grande faveur