CHAPITRE PREMIER
conscience plus à l'aise vis-à-vis de ceux à qui j'ai dit, très-véridiquement, l'impossibilité d'en donner. Expliquez-moi seulement pourquoi vous tenez, jusqu'aux voies de fait inclusivement, à réussir pour des inconnus ?
— En vérité , je n'y tiens pas du tout, mais je n'ai pu faire autrement. Henri d'Estouteville m'a ordonné d'emporter ces billets, et ce qu'il veut s'accomplit toujours, je ne sais comment. )> Une légère nuance d'amicale ironie glissa sur le visage de la maréchale.
Le comte Henri d'Estouteville était incontestablement l'homme le plus à la mode de toute la France, et, pour le moment, l'amant très-affiché de la princesse Simon de Montford, belle-fille de la
duchesse. Jusqu'à lui les titulaires de ce poste , assez fréquemment renouvelés, n'avaient obtenu que les mépris et les sarcasmes de la duchesse, mais M. d'Estouteville mettait tant d'adresse et de bonne manière dans sa conduite , qu'il régnait despotiquement à l'hôtel de Montford. Il maintenait la princesse Simon dans des procédés plus respectueux envers sa belle-mère et une attitude plus convenable vis-à-vis du monde : quant au prince Simon , on ne pouvait deviner s'il était instruit de la conduite de sa femme, et moins encore s'il y portait le plus mince intérêt.
« Pourquoi donc ne m'avez-vous pas envoyé cet irrésistible d'Estouteville en personne ?