‹ La maréchale d'AubemerChapitre 52 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

inattention à cet égard, elle était accoutumée à être aimée plus qu'admirée, se savait jolie sans y penser, et c'était trèssincèrement qu'elle débutait dans le monde comptant sur l'obligeance générale, mais ne cherchant aucun éclat et satisfaite de faire nombre dans la foule. Une seule fois, au bal de l'intendant de Limoges , sa beauté avait attiré tous les yeux, elle ne s'en était pas rendu compte, mais se rappelait s'y être fort amusée ; elle ne s'épouvantait donc pas de l'idée d'un public parisien, n'ayant jamais imaginé, dans sa candeur naïve, y pouvoir être remarquée ; elle songeait seulement que, ne connais* sant personne, elle ne serait pas priée à danser, que cela ferait beaucoup de peine à Lionel et aussi un peu à elle, car elle

aimait fort la danse : c'était là sa principale inquiétude ; elle ne fut partagée par aucun des amis de la maréchale lorsque madame de Saveuse parut dans son salon avec le visage d'Hébé et la démarche d'une nymphe, belle de sa simplicité et sans apparence d'affectation ou de minauderie.

La maréchale jouissait en plein du succès de sa ruse en regardant l'ensemble charmant qu'elle avait sous les yeux, et lorsque sa nièce fut sortie à la suite de la duchesse de Montford, elle ne put résister à s'extasier sur sa bonne grâce, son air noble et distingué :

(( Je l'attendais à cette dernière épreuve pour la proclamer complètement femme de haute compagnie, » dit-elle, « il faut

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