CHAPITRE IV
en général un extrême usage du monde, que bien des gens n'acquièrent jamais, pour porter la grande toilette avec cette aisance et cette simplicité, mais cette petite devine tout par intuition. »
L'exemple donné par la maréchale fut suivi de grand cœur par les habitués de Ja maison, et on ne tarit pas sur l'éloge de la charmante danseuse qu'on venait d'expédier à l'hôtel d'Angleterre ; elle y devait rencontrer la marquise de Rieux, fille de madame de Montford, qui lui donnerait son appui secourable dans ce monde inconnu.
L'entrée de madame de Saveuse fit sensation ; son nom et son titre de nièce de la maréchale d'Aubemer circulèrent dans la salle avant même qu'elle y put pénétrer.
Monsieur de Rieux, requis par sa bellemère, la conduisit à la contredanse qui commençait, et bientôt se forma autour d'elle un groupe qui ne cessait de s'accroître. Sans doute un maître de ballet aurait trouvé fort à reprendre à sa danse, mais tous ses mouvements étaient nobles et gracieux, son joli pied frappait la plu» exacte mesure, et, sans qu'elle s'élevât beaucoup de terre, on la sentait légère. Des murmures approbateurs circulaient autour d'elle en paroles courtoises trop hautement prononcées pour que sa modestie pût l'empêcher de se les appliquer. Dès qu'elle se vit l'objet d'une admiration si imprévue, la timidité, l'embarras, s'emparèrent d'elle et, comme elle était trop gracieuse pour être gauche, lui donnèrent