CHAPITRE IV
un nouveau charme ; elle chercha l'égide protectrice de madame de Montford avec d'autant plus d'empressement que madame de Rieux, un peu impatientée des succès de cette nouvelle venue, ne lui fit point place auprès d'elle ; madame de Saveuse se réfugia près de la table où la duchesse jouait dans un salon assez abandonné qui ne tarda pas à se trouver fort remph : les femmes y passaient pour regarder cette merveille improvisée ; les hommes y séjournaient pour la contempler, et la comtesse Lionel ne devait plus craindre de manquer de danseurs : Henri d'Estouteville avait été le premier à s'offrir, et grande fut la satisfaction de M. de Saveuse lorsqu'on arrivant il vit, dansant avec sa femme, cet élégant d'Estouteville
qui n'accordait guère une pareille faveur que comme une grâce spéciale.
Les engagements se succédaient et se croisaient au point d'embarrasser notre jeune débutante ; elle savait théoriquement qu'il fallait les accomplir à leur rang d'inscription , mais, tous les visages lui étant également étrangers, elle craignait de se tromper ; déjà elle avait manqué faire une confusion où la duchesse s'était interposée pour calmer des prétentions trop vivement énoncées, cela la troubla ; puis elle vit toutes les autres jeunes femmes réunies entre elles et formant des groupes : dans tous on l'examinait, aucun ne s'ouvrait pour l'admettre ; son isolement la frappa péniblement et acheva de la déconcerter. L'aspect de Lionel lui avait