CHAPITRE IV
sur le pied de l'égalité par madame de Rieux, se trouva incorporée dans la coterie la plus élégante, accueillie sans affectation et comme à son droit ; dès lors sa beauté ne fut pas seulement regardée, mais admirée ; elle ne fut plus discutée, on s'en fit gloire, et ses boisseaux de boucles captivèrent les suffrages sans contestations*
Madame de Saveuse, ayant ainsi franchi d'un seul pas celte frontière d'adainant qui résiste parfois toute la vie à celles qui désireraient le plus y pénétrer, s'amusa fort, et lorsque la duchesse de Montford vint réclamer sa jolie compagne, elle céda volontiers aux vœux de madame de Rieux pour prolonger son séjour à ce bal que deux heures avant elle aspirai l à quitter,
M. d'EstoLiteville devint son partenaire pour la danse plus animée qui terminait la fête ; elle n'en savait pas les figures, mais il la guida de façon à ce que sa gracieuse ignorance excitât la gaieté de ses nouvelles compagnes sans provoquer aucune moquerie, et le jour commençait à paraître lorsque le comte et la comtesse Lionel rentrèrent à leur hôtel tous deux également satisfaits de leur soirée : lui se croyant destiné aux grandes aventures près de la princesse de Montford et pas trop compromis par l'apparition de sa rustique femme dans le monde ; elle, s' étant fort divertie et préparant une multitude de questions à faire à sa tante le lendeftiain, après avoir écrit un long récit de la fête, au château de Saveuse.