‹ La maréchale d'AubemerChapitre 59 sur 155 · L'IV COURTISAN · texte numérisé non relu

L'IV COURTISAN

Le marquis d'Estouteville, grand seigneur dérangé et besoigneux, très-habile courtisan, cachait une profonde immoralité par un exquis savoir-vivre, et dissimulait son égoïsme sous les formes de l'obligeance et de Tinconséquence ; il semblait s'être ruiné sans le savoir et pour le plaisir des autres ; mais il comptait beaucoup mieux qu'on ne croyait, et ne sacri-

fiait qu'à ses passions. Il avait su quelquefois exploiter celles des princes et des personnes en pouvoir d'une façon assez utile pour lui, mais tout cela avec une si habile légèreté et en le prenant de si haut -qu'il fallait être fort initié aux détails de sa vie pour lui accorder le mépris que sa conduite méritait. Du reste, son commerce était charmant, et une sorte de facilité, due à l'indifférence de toute chose, le rendait éminemment sociable. Il montrait de grands égards à sa femme dont il exploitait les angéliques vertus vis-à-vis du monde sans les apprécier pour son compte. Elle était restée, tant qu'elle avait vécu, exclusivement chargée de l'éducation de leur fils unique, et quoique Henri n'eut atteint que dix-sept ans lors de la

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