‹ La maréchale d'AubemerChapitre 60 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mort de la marquise d'Estouteville, elle avait déjà semé et réussi à faire germer dans son cœur tous les meilleurs et les plus nobles sentiments. M. d'Estouteville au reste n'avait jamais cherché à la contrecarrer dans ce pieux devoir ; il comprenait qu'il trouverait là une résistance invincible et ne voulait point hasarder la paix de son intérieur ; elle lui était commode et il la possédait à bien peu de frais; aussi jamais un mot, un sourire même de son père, n'avaient pu faire supposer à Henri qu'il ne partageait pas les maximes de haute moralité professées par sa mère, et si son amour pour elle était plus tendre, plus exclusif, sa considération pour le marquis était tout aussi grande. Madame d'Estouteville se gardait bien de la

troubler, et se réservait de faire la guerre aux maximes dont on pourrait chercher à séduire son fils lors de son entrée dans le monde ; mais le sort en décida autrement : une fièvre violente emporta si rapidement la marquise que Henri, alors à son régiment, ne put arriver à temps pour recevoir son dernier soupir. Peutêtre dans ce moment suprême l'aurait-elle prémuni contre les fallacieuses doctrines du marquis. Elles ne lui étaient que trop connues ; car, avant de se poser en admirateur de ses vertus, i avait essayé d'en faire la complice de ses intrigues; mais la mort ne lui accorda pas un instant : sa cruelle œuvre était accomplie depuis quelques heures lorsqu' arriva le désolé Henri. Son désespoir toucha le marquis d'Estou-

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