‹ La maréchale d'AubemerChapitre 62 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tomber sous sa salutaire influence, et, cette fois encore, l'ivraie se trouva séparée du bon grain si soigneusement semé par sa mère ; il atteignit ainsi sa vingtième année. Les éloges donnés à sa conduite par son colonel, qui le disait l'exemple du régiment, avertirent le marquis d'Estouteville que ses espérances ne s'accompliraient pas tant que Henri resterait près de l'abbé Blondel. Il le fit nommer capitaine dans un autre régiment, obtint pour lui un congé de deux ans, et choisit un homme de lettres, distingué par son esprit, jouissant d'une honorable réputation, mais léger dans ses mœurs et mondain dans son langage, pour l'accompagner dans des voyages dont l'itinéraire était fixé et entraînait résidence dans les cours les plus

brillantes de l'Europe. Un revenu suffisant fut mis à leur disposition pour paraître partout convenablement au rang du jeune comte d'Estouteville, et le marquis donna pour unique instruction au mentor auquel il le confiait la secrète recommandation de le ramener un peu moins capucin qu'il ne le lui livrait. Enchanté de voyager et touché de la prévoyante bonté dont son père s'occupait à satisfaire tous ses vœux, Henri se sépara de lui emportant un redoublement d'affection et de confiance dans sa tendresse paternelle.

Il ne faudrait pas croire que le marquis d'Estouteville se fût jamais avoué le projet satanique de corrompre son fils ; loin de là, il lui désirait toutes les qualités qui constituent l'honnête homme mondain, et

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