CHAPITRE V
vent énoncés par Henri, ses sentiments sur l'union conjugale, ne s'arrangeraient guère avec la figure et l'intelligence de l'épouse cpe son père lui destinait : c'était donc surtout de ces préjugés d'une moralité exagérée, intempestive, surannée, que le marcjuis voulait débarrasser son fils. En attendant, la grosse somme destinée à tenir un état aux deux petites comtesses de Toreignstein les maintenait modestement au couvent et fournissait au luxe du tuteur toujours à court d'argent. Vers l'époque où les voyages de Henri tiraient à leur fin, l'aînée des pupilles succomba h son imparfaite organisation; cette mort, en doublant la dot de la cadette , redoubla aussi le désir du marquis de la faire épouser à son fils, mais elle n'avait
que onze ans, et cette union ne se pouvait accomplir sur-le-champ.
Les instructions données par le marquis avaient prospéré lorsque le comte Henri revint à Paris ; avec le goût de la dépense, avec le laisser aller du grand seigneur et l'aplomb que donne le succès , il rapportait un cœur accoutumé à voler de belle en belle sans effort comme sans souci ; il avait eu des succès à Vienne, à Berlin, à Pétersbourg, et une aventure presque tragique, d'un retentissement européen, à Varsovie. Au point où il était arrivé et ainsi formé par les voyages, son père n'hésita plus à s'ouvrir à lui ; il lui montra son patrimoine à peu près détruit par des circonstances qu'il représenta plus honorables qu'elles ne l'étaient en