‹ La maréchale d'AubemerChapitre 66 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

teville fit appeler sa pupille au parloir du couvent. Mais Henri était bien jeune; il ne vit dans l'enfant rachitique qu'on lui présenta qu'une petite fille pâle, maigre, chétive, à laquelle il fit peu d'attention et qui apparemment grandirait avant l'époque où elle serait appelée à porter son nom ; trois années , à vingt-deux ans , c'est trois siècles ! Il ne pensa plus guère à sa petite fiancée et se livra aux plaisirs que Paris lui offrait ; son père, en l'y encourageant, lui indiquait cependant les bornes fixées par la bonne compagnie ; l'esprit plein de grâce, le tact et le goût de Henri, l'aidaient à ne les point franchir, mais aussi dans ces limites il ne se refusait aucune distraction. L'argent ne lui manquait pas; il avait pris d'abord la résolution

de ne point excéder le revenu de sa fortune personnelle, mais bientôt l'occasion et l'exemple l'entraînèrent à le dépasser de beaucoup, et jamais le marquis ne faisait de remarques sur sa dépense ; devenu l'arbitre de la mode, le type de l'élégance, il partageait son temps entre le séjour de Paris et celui de son régiment où il se montrait aussi méthodique, aussi régulier, aussi exact que pas un officier de l'armée ; mais, comme pour la plupart des Français, ses goûts étaient plus belliqueux qu'ils n'étaient militaires et la garnison l'ennuyait mortellement. Lorsqu'il y avait séjourné quelque temps, ses lettres à l'abbé Blondel, avec lequel il entretenait un commerce suivi, devenaient plus longues, plus expansives; elles exprimaient le désir de

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