‹ La maréchale d'AubemerChapitre 68 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sédant en plein ces deux qualités, s'avisa d'une grande passion pour Henri; elle durait depuis plus d'une année et cette longue fidélité, en étonnant les spectateurs, complétait la mode du comte d'Estouteville ; car, je le dis à regret, la princesse Simon tenait le haut du pavé dans la société la plus distinguée ; avec un grand nom, une extrême élégance, une rare impudence, une famille qui la soutenait pour éviter les esclandres, un mari plus qu'indifférent à sa conduite, elle avait tout d'abord affiché une sorte de hauteur dans ses dérèglements que le monde acceptait. Lorsqu'on racontait quelque abominable aventure sur son compte, et on ne s'en faisait faute, chacun ajoutait : « elle en est bien capable, » et il n'en était plus question.

Ce sont de ces caractères qu'on rencontre quelquefois et qui ne peuvent établir leur honteuse importance que parce qu'ils exercent une extrême séduction lorsqu'ils veulent s'en donner la peine. Henri avait été sous le charme, mais il commençait à découvrir la griffe de Satan sous les enivrements dont on cherchait encore à la lui dissimuler. C'est ainsi qu'il était tombé dans l'oubli de tout ce qui est sérieux et bon ; son esprit s'était vicié ; toutefois le cœur n'était point gâté, la délicatesse restait intacte, et on pouvait dire qu'il valait mieux que la vie qu'il menait.

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