LA CAMPAGNE A PAQUES
La duchesse de Montford avait l'usage de passer la quinzaine de Pâques dans un château de la couronne, dont la charge de son mari lui donnait la jouissajice, non pas, peut-être, pour y mieux suivre les offices de l'église, mais pour les éviter plus commodément. Le printemps se trouvait avancé cette année, et les médecins recommandant le changement d'air, la ma-
réchale se laissa entraîner à suivre son amie. Les Saveuse furent invités à venir la rejoindre. Henri d'Estouteville y était comme domicilié, les visites ne manquaient pas, tant de Paris que du voisinage, et on se promettait des vacances très-agréables. Madame de Rieux avait vivement appuyé l'invitation de sa mère auprès de madame de Saveuse. Comme toutes les personnes médiocres, elle était sujette à l'engouement, et sa passion pour la comtesse Lionel ne connaissait plus de bornes depuis qu'à l'avantage de déplaire à la princesse Simon, elle ajoutait celui de s'être concilié, par sa complaisance, les suffrages des petits de Rieux.
La société du château se trouvait réunie pour le déjeuner, lorsque le bruit d'une
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voiture annonça de nouveaux convives, et M. et madame de Saveuse furent introduits. La princesse Simon n'avait pu retenir un mouvement d'impatience; mais, après un rapide examen de la nouvelle venue, elle lança un coup d'œil satisfait sur la glace où se trouvait reflétée son élégante silhouette et reprit toute sa bonne humeur.
Ainsi que cela arrive fréquemment dans nos climats à cette époque de l'année, le beau temps de la semaine précédente avait été remplacé par des frimas. Lionel ayant vu partir d'Estouteville en calèche, alors quMl faisait beau, avait jugé indispensable de l'imiter malgré le froid inopinément survenu. Sa femme, accoutumée à braver l'intempérie des saisons , fi'y
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avait apporté aucun obstacle, mais elle s'était vêtue d'un surtout de drap, œuvre d'une couturière de Limoges, qui n'avait aucune grâce; sa figure battue pendant trois heures du givre poussé par un vent de nord-est, présentait des joues bleues et un nez rouge ; ses cheveux pendaient en mèches humides et défrisées le long de son visage décomposé qu'elle avait encadré d'un gros foulard orange, noué à cru sur son cou, où il profilait des reflets jaunes. Tranchons le mot, elle était laide, autant que le peut être à vingt ans une femme charmante, et son ensemble rustique formait un véritable contraste aux figures reposées et aux costumes recherchés, quoique simples, dont elle était entourée. La maréchale en fut vivemelit con-