‹ La maréchale d'AubemerChapitre 8 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— J'ai en effet le droit d'écouter la personne la plus ennuyeuse du cercle, tandis que des gens d'esprit s'entretiennent à quelques pas de moi ; c'est le bénéfice acquis d'une habile maîtresse de maison.

— Alors sortez , et allez porter chez les autres une distinction qui est partout recherchée.

— Je suis trop vieille, les années me pèsent.

— Mais je suis votre aînée, et je porte les miennes fort légèrement.

— Ah ! vous, c'est différent, vous avez de l'ambition pour votre mari, des devoirs de cour, des enfants...

— Une belle-fille, n'est-ce pas?

— Mais cela même porte avec soi une sorte d'intérêt... moi, je n'ai à m'occuper

que de moi-même ; et cet égoïsme forcé, que vous qualifiez de liberté, m'est insup-. portable ; il me fait prendre à dégoût cette maréchale d'Aubemer à laquelle je dois exclusivement penser.

— A cela, ma pauvre amie, je n'ai rien à objecter; vous êtes en effet fort isolée ; mais ne pourriez-vous pas vous entourer un peu davantage ?

— On ne se donne pas à volonté des intérêts factices: j'ai essayé, rien ne m'a réu^i. Je m'étais attachée à ce pauvre chevalier d'Aubemer, je faisais des romans sur lui, je voulais l'adopter, le marier, et vous savez comment le loyal garçon a péri... C'a été ma dernière illusion... et ma dernière espérance!...

— Mais vous avez madame votre sœur.

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