CHAPITRE VIII
donner ce nom qu'elle acceptait, Gudule, donc , ne put réprimer un mouvement d'impatience assez marqué et s'écarta du piano; mais, arrêtée par ceux qui l'entouraient et ramenée par le prince de Montford, elle y reprit place et chanta d'une voix de contralto aussi pure que touchante une complainte en patois des montagnes. Comme tout ce qui tombe neuf au milieu d'une société blasée, elle excita des transports. Le duc de Montford lui-même, peu expansif de son naturel et qui s'était fait la réputation d'un homme capable à l'aide d'un silence où il avait l'habileté, par quelques hochements de tête assez bien appropriés, de donner l'air capable, le duc de Montford réclama une nouvelle chanson, puis le prince Simon
en sollicita une autre, et madame de Saveuse elle-même, qu'un vieux maestro de capella retiré en Limousin avait rendue grande musicienne, s'anima et y prit autant de plaisir que ses auditeurs ; racontant les sujets 'de ces petits poèmes naïfs, et leur expliquant les mots patois qui s'éloignaient trop du français, elle captivait leur attention et leurs suffrages. Lionel cependant se sentait au supplice; il était retombé dans toutes les terreurs du paraître provincial, et à chaque couplet il répétait d'une voix qui devenait de plus en plus stridente : u Chantez de l'italien... chantez donc de l'itahen... » mais sa femme n'en tenait aucun compte ; elle lui dit, à la fin, avec une légère impatience : (( Pourquoi voulez-vous, monsieur de