CHAPITRE VIII
Saveuse, que j'ennuie de morceaux que tout le monde ici a entendu exécuter mille fois mieux que je ne le saurais faire, lorsque j'ai la bonne fortune d'amuser par la nouveauté des pauvres airs de mon pays? ))
Voilà, se dit la maréchale, un homme jugé dont le règne est fini-, il ne faut pas que l'influence passe à un autre ; j'y veillerai, et elle regarda du côté de la cheminée ; d'Estoute ville y était appuyé. Presque seul il ne s'était pas rapproché de la jolie musicienne et restait à égale distance, entre le piano et le métier ^de la princesse Simon. Toutefois la maréchale se trompait, le règne de Lionel ne s'achevait point, car il n'avait pas commencé, et jamais madame de Saveuse n'avait songé à le juger ; sa sol-
tise, à vrai dire, était bien moins resplendissante dans sa province où il avait une sorte de supériorité sur ce qui Tentourait, mais jamais aussi il n'avait exercé la moindre influence sur elle ; ses opinions, ses paroles, ses actions avaient conservé une entière indépendance, quoique elle-même se crut une épouse soumise, parce qu'elle lui laissait une entière liberté et ne faisait aucune objection à des fantaisies qui lui étaient indifférentes; le voyage de Paris, le seul où elle eût été appelée à prendre part, ne l'avait pas trop contrariée, et elle s'y était prêtée sans répugnance.
Malgré la réplique de sa femme, Lionel continuait à demander du chant italien, et les assistants se joignirent à lui par politesse.