CHAPITRE VIII
pour cacher son trouble ; elle se rappela les préceptes de sa mère sur le devoir imposé aux femmes de toujours dissimuler les torts de leurs maris, et regretta d'avoir écouté les confidences de madame de Rieux; mais elle avait été tellement saisie, qu'elle n'avait pas songé à l'interrompre; celle-ci d'ailleurs avait commencé par lui dire : a Vous n'êtes pas plus dupe que moi, je pense, du motif donné par Henri d'Estouteville à son départ. » Ce début avait un peu excité sa curiosité, et le moyen de prévoir que la suite de ce discours pût avoir aucun intérêt personnel pour elle!... Madame de Saveuse se rendait la justice que cela était impossible. Elle fit sa toilette avec précipitation, tout en se baignant les yeux à chaque instant
dans de l'eau bien froide sans en tirer grand profit. On annonçait le dîner lorsqu'elle descendit avec un visage bouleversé; elle était trop peu accoutumée à cacher ses impressions pour y réussir du premier coup. — Madame de Rieux se serait fort complu à panser les plaies qu'elle avait faites, mais Gudule se renfermant dans le silence qu'elle s'était imposé, la marquise, qui perdait une si belle occasion de diatribes contre sa belle-sœur, s'en blessa et se refroidit entièrement pour madame de Saveuse. Ce séjour de campagne devint de plus en plus assommant : d'Estouteville en était l'âme et avait emporté le mouvement avec lui. — La tristesse de madame de Saveuse n'étonnait personne, car le motif en était évident.