‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 10 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le page regarda le vieillard avec colère , et , faisant un pas vers lui :

— Quoi donc ? dit-il , et que s'est permis de dire ce manant ?

— Là... là , mon jeune maître , répondit le berger sans se déranger, calmcz-vous ! et ne faites point comme le maîlre d'école de chez nous , qui , lorsqu'il sVst trompé au lutrin , le dimanche, donne le fouet en rejitrantà ses marmots!... Si quelqu'un ici doit payer les frais de la guerre, c'est cette pauvre grive déplumée,

— Toujours est-il que tu as parlé, reprit le page, un peu calmé par le sang-froiJ du berger; qu'as-lu dit, enlin?

— Puisque vous le voulez savoir, répondit 1 impassible vieillard , quand je vous ai vu tout disposé à essayer le snvoir-faire de voire faucon, j'ai dit tout haut : Mauvaise chasse! parce quil était impossible qu'elle lui bonne dans ces champs doù moi, mes chiens et mes moulons avons dû éloigner, depuis ce malin que nous y rôdons, tout le gdVier capable d'affriander le faucon d'un gentilhomme!

— Pas mal raisonné, dit Vive, et si le vieux berger ne^l |)as un borcier , il m'a du moins

l'air d'un fin renard avec lequel je serais enchantée de faire connaissance.

Et les deux amis s'approchèrent du bonhomme pour le faire causer. En ce moment la pluie, car toute la journée le temps avait été menaçant , la pluie commençait à tomber.

— Entrons dans la cahutle de ce brave homme, dit Hélène, nous nous reposerons un instant et nous ne serons pas mouillées.

— Entrez, entrez, mes belles demoiselles , dit le paysan égayé, rajeuni par Taspect de ces deux belles jeunes fdles; entrez aussi, ma respectable dame , ajouta-i-il en s'adressant à Doloride ; entrez éjjalement , mon jeune maître, et laissez votre coursier caracoler dans ces champs ; quand il en aura assez, il s'arrêtera , et vos qcus le rattraperont facilement. Entrez!...

— On est très-bien ici , dit Eve en se serrant vers lextrémilé d'un étroit banc de bois , pour faire une petite place au page à côté d'elle.

— Oui vraiment, reprit Hélène, et il est doux d'entendre ainsi mugir le vent et de voir tomber la pluie.

— Quand les anges du bon Dieu, dit le paysan resté debout à la porte , et tenant toujours son grand chapeau à la main , quand les anges du

Page 1