‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 102 sur 145 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

— Et que vous est-il donc arrivé , monsieur le duc?

— Mon Dieu, répondit-il , peu de chose: une chasse où je me suis égaré, des bûcherons qui semblaient se relayer pour me mettre hors de voie, etenDn un dernier guide qui, au lieu de me mener à Mantes , où je devais retrouver mes gens, m'a conduit juste à la porte de ce pavillon... Voilà tout.

— Moi, dit le connétable, mon histoire est encore plus simple. Un homme de votre livrée est venu me dire : Madame la duchesse est trèsmalade; elle désire vous voir... et me voici !

Pour toute réponse, elle prit la main du vieux gentilhomme et la serra avec aliectiou. Puis, elle se tourna du côté de M. de Saint-André. Ce mouvement et son regard semblaient lui dire : Et vous ?

Le maréchal resta un instant interdit.

La cause de son voyage à Anet était plus difficile à expliquer.

Celte assemblée qu'il trouve au lieu et place d'un rendez-vous d'amour, lui fait bien voir que le portrait et le billet ont été pour lui ce (piont été les bûcherons pour M. de Guise , et le messager ù la livrée de Diane pour M. de

Montmorency , un moyen de l'attirer dans un conciliabule politique... Qui le provoque? Dans quel but a-t-on réuni à A net les hommes les plus iniluenls du parti catholique? est-ce Diane qui agit? est-ce une main plus haut placée qui fait mouvoir les fils auxquels sont attachés les acteurs de cette nouvelle comécJie? Voilà ce quil se ilemande tout bas ; voilà les incertitudes qui Tagitent depuis son entrée dans le salon. Son esprit de courtisan a bien compris la situalion. En lirer parti dans Pintérôt de ses finances, toujours en désarroi, ou de son amour-propre en souffrance par les rôles secondaires qu'il a joués jusquà présent à la cour, ce serait là un véritable coup de maître; mais pour cela, que répondre? AlionsI au hasard , une parole, nous verrons ce qu'il en résultera. Comme Thomme qui jette une pièce en Pair, sans savoir si ce sera pile ou face, il jeta les mots suivants, les confiant in petto à Timprévu , le dieu des courtisans.

— Conunent, dit-il avec un air de profondeur et en appuyant sur chacun de ses mots comme un diplomate consommé; comment, vous, messieurs, vous, madame, se peut-il que vous n'ayez pas déji compris?...

— Quoi? dirent à la fois ses interlocuteurs.

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