CHAPITRE IV. i>ol
— Il vient de la ville de Vassy , reprit le page.
— Ce sont des nouvelles de mon frère qu'il m'apporte, s'écria le prêtre en faisant quelques pas pour sorlir,
— De Vassy? répéta M. de Guise avoe un grand serrement de cœur... Votre frère, monsieur, élail-il donc réellement à Vassy? demandat-il avec une anxiété croissante.
— Oui , à Vassy , répondit 1 abbé Guillaume, et celle lettre, ajoula-t-il, en prenant un papier que lui présentait le page, cette lellredoit m'êlrc envoyée par lui.
11 en lit sauter le cachet avec précipitation et la parcourut des yeux...
— Mon frère! s'écria-t-il après avoir lu quelques lignes... Gcand Dieu! mon frère blessé... mort peut-être... mon frère! répéla-l-il avec saisissement, a été assassiné par vos gens, monsieur!
Et il tomba évanoui aux {)ieJs de celui dont il venait de bénir l'épée.
C/élait, en effet, à Vassy que sciait passée la première scène des guerres civiles qui commençaienl pour la France.
Maintenant, comme dans ces drames où, faisant marcher trois actions de front, Ton veut tenir tous les acteurs sous les yeux du spectateur, il nous faut un ihéâtrc divisé en trois scènes.
D'al'ord, le salon de madame la duchesse de Valenlinois.
La soirée était avancée; on avait assez parlé affaires; la dame de céans avait conduit ses hôtes au chûleau.
L'ordonnateur secret de la surprise faite à Diane n'a pas oublié le souper, cette j)artie essentielle d'une fêle de nuit; aussi en rentrant, sui-
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vie (les sei^rneurs qu'elle recevait, la maîtresse d'Anet Irouva-t-elle une table abondamment garnie et parée de lumières, de fleurs , et de tout le luxe d'un festin vraiment royal.
Tous sont à table, Diane fait les honneurs du repas avec sa grâce accoutumée. Le souper est très-gai. Les grandesaffaircs ont été l'envoyées au lendemain. C'est déjà beaucoup d'avoir obtenu dans une première rencontre le rapprocbement de deux hommes comme MM. de Guise et de Montmorency; on a remis au jour suivant à régler le plan de conduite qui doit être suivi par les nouveaux confédérés ; maintenant, il ne s'agit quedeconstaler leur bon accord: le souper y met le dernier sceau. M. de Guise y déploie cette grâce, celte aflabililé auxquelles on résisîe si difficilement. Il achève de faire la conquête du connétable. Celui-ci boit en vieux et véritable soldat; il choque son verre contre celui de son voisin , et répète à chaque rasade :
— A présent, quiconque touche le bout du doigt de mon frère, le duc de Guise, me touche dans tout mon corps!
Dans une pièce voisine, réunis à une table spicndide , les officiers et dames de la maison d'Anel, auxquels se sont joints lesif'cuyers des
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seigneurs arrivés dans la soirée, célèbrent aussi la fête de Diane de Poitiers.
La dame Ba;jondede Puitvilain , dame d'honneur de la duchesse, préside cette réunion; c'est une grande femme sèche , d'un Asjo plus que mûr, affichant la vertu la plus austère. La plaie secrète de son âme est de penser qu'elle est au service d'une femme qui a fait autant parler d'elle, et la prude matrone a soin d intercaler dans chacune de ses phrases , qu'elle n'est entrée au service de madame que le lendemain de la mort du roi Henri IL
Mézières , introduit au château à la suite de M. de Saint-André , Mézières a pris place auprès de la jolie Eve Métézeau, et il cause avec elle à voix basse de leur temps passé, sans oublier celle dont le souvenir donne à ce temps un charme si puissant pour lui!
Dans une autre chambre éloignée de tous ces bruits de fête, chambre à rameublemcnt sévère, aux livres rembrunis entassés les uns sur les autres, au grand crucifix d'ivoire qu'éclaire la pâle clarté d'une lampe, deux hommes accoudés sur une petite table qui les sépare et supporte quelques raffraîchissements rassemblés à