‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 111 sur 145 · CHAPITRE V. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2S

la liate, deux hommes se considèrent avec une expression de tendresse et de chagrin :

Le premier de ces deux hommes est le chapelain de madame de Valeiiiinois; le second, le messager qui apporta la lettre dont la lecture termina Tentrevue du pavillon des Quatre-Tourelles.

Il a quille le manteau qui l'enveloppait , le grand chapeau qui couvrait ses traits à son entrée au château ; son bras est en écharpe, et ses traits ont gardé la pideur d'un blessé dans sa convalescence.

— Que je te regarde encore, disait le prêtre calholique, oh ! que je te regarde encore 1 j'ai besoin de me persuader que je ne suis pas le jouet d'un vain songe... Mon frère! c'est toi, c'est donc toi !

— Oui, Guillaume, c'est moi , répondait le calviniste. Longtemps caché auprès de M. le prince de Condé, dans une retraite où me parvinrent plusieurs de les lettres, je la quittai pour aller défendre la croyance, soutenir les droits et les réclamations de mes frères en Jésus- Christ... Tu as su, sans doute, mes efforts au colloque de Poissy pour que tous nos différends

y fussent jufj(^s et décides par la seule parole de Dieu.

Le prêtre catholique soupira profondément et baissa les yeux.

— Le cardinal de Lorraine, reprit Théodore de Bèze, n'ayant pu changer nos convictions, son frère, François de Guise, s'est chargé d'une mission plus facile! . . .J'étais à Vassy, je fus blessé parmi mes frères, et, maintenant, Tavocat de la vérité s'est fait ravocat de l'humanité; je vais demander justice au roi , à la reine-mère , de cette sanglante violation des traités; je vais leur porter les cris des martyrs.

Le prêtre catholique faisant sur lui-même un effort violent pour réprimer toute parole qui eût amené une discussion entre son frère et lui, rintcrrompit en lui tendant sa coupe.

— Encore un peu de vin , Théodore , lui dit-il ; que cette coupe te soit hospitalière et fraternelle! Cestpourtajit pour me voir , ajoula-t-il avec tendresse , que , se détournant de sa route, et bravant les dangers qui le menacent ici, il est venu frapper à celte porte... .Pauvre enfant! le voyage a dû te fatiguer, et lu as hcsoin de réparer tes forces épuisées par une blessure si récente , mon frère !

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— Merci , frère , meici ! la joie de le retrouver m'a fait plus de bien que tous ces cordiaux... Je u'ai besoin de rien , quand je sens ainsi ta main dans la mienne.

X — Puisse-l-elle donc toujours y demeurer î

Et, cédant au mouvement de son ûme, le prêtre ajouta :

— Oh! mon frère, qu'ils sont coupables ceux qui sont parvenus à rompre un lien aussi doux , aussi sacré !

— Guillaume, dit alors le proscrit, ces {Trauds changements , ces magnifiques transformations qui s'opèrent dans la vie des peuples et des nations , n'arrivent pas sans froissement , sans lulle , sans catastrophe. L'orage é|)ure Tair, renouvelle la vie, donne une nouvelle fécondité aux campagnes, et pourtant Torage a des coups de tonnerre dont est brisé plus d'un arbre, dont est froissé plus d'un arbuste. , . Faut-il pour cela arrêter la marche des nuages?... Le peut-on, d'ailleurs?... Non !... Quoi qn il arrive, sounjettons-nous et laissons passer la destinée des empires.

— Laissons passer la vengeance de Dieu , Théodore, voilà ce quil faut dire!... Oh! mon frtM'p , reprit après im inslnnl d»' silence

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le prclre (*nllioli(jiio , esl-re air)si que je de- \nis vous reUouver? OIi ! Tliéodore , avez-vous donc oublié le vœu de noire mère? i\e vous ai-je pas souvent conté, moi, voire aîné, qu\iii temps de votre enfance et de ma jeunesse , alors quune maladie contagieuse nous a\ait misions deux aux portes du tombeau, désolée, éperdue, n'at'eridant de secours que du Ciel, dans sa foi vive et ardente elle fit vœu , la pauvre femme , si ses prières rachetaient notre vie , de nous consacrer aux autels! « Vous serez les serviteurs de Jésus-Christ et de son église , disait-elle en bénissant nos jeunes fronts, et vous bénirez à votre tour, mes iîh , celle que Dieu vous donna pour mère ! » Et maintenant, Théodore, maintenant que notre sainte mère nous regarde du haut des cieux , qu'avez-vous à lui dire pour expliquer votre conduite?...

— Notre mère est dans le séjour de Fincorruplible vérité, là où ne montent pas les vapeurs du merisonge, des superstitions , du fanatisme, de riguorance et de la crédulité; elle me voit aulrenienl que vous ne me voyez , mon frère ! — Elle vous voit à coup sûr avec une passion dans le cœur, avec une passion à laquelle vous avez sacrifié votre croyance. Vousvoulez èlre chef

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