CHAPITRE
de secte, et que votre nom brille à côté de ceux de Lulliei', de Calvin».. Vous voulez que la renommée porte ce nom aux hommes des temps futurs, et, plutôt que de ne pas les occuper de vous , vous leur transmettrez du poitou I
— Jeteur transmettrai l'esprit de notre temps, le résultat des travaux, des efforts des hommes qui nous ont précédés dans celte voie où s'avance Tintelligence humaine. Nous suivons ce mouvement; I impulsion part de Dieu. Nous réveillons les idées de l'antique é{jalilé, nous disons à Thomme : Il ne suffit pas de croire, mais de savoir pourquoi tu crois. Nous le portons à s'enquérir , à chercher , à apprendre; nous brisons ses langes pour qu il marche, et il marchera parce que Dieu ne Ta pas créé pour rester immobile. La société militaire qu'avaient faite les nobles ou les vainqueurs sY'croule de toutes parts; la religion catholique sanctifia leur joug, et, pour livrer les |)eupl(!s au bon plaisir des rois, les façonna en un seul bloc, n'ayant qu'une pensée à diriger, qu'un bras à enchaîner, <]u'nne tète à courber. Nous rendons il I homme, aux nations, leur individualité : voici l;i société civile , la société inslustrielle qui naît du faisceau dénoué par le temps plus en-
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coio (\\\e par nous. Nous encourageons ses efforts; elle grandira sous notre influence!
— Ainsi, de Ion propre aveu, mon frère, le premier résultat du protestantisme sera de rompre l'unité de la grande république chrétienne. Les intelligences, comme autrefois, n'auront plus une même et seule patrie : l'unité va disparaître. . . les efforts vont devenir individuels, et chaque esprit va se renfermer dans le cercle étroit de ses idées... Ce n'est point là un progrés, c'est une halte, une suspension, ou plutôt , c'est un pas vers une désorganisation morale qui doit suivre I abolition du principe de l'autorité, et la reconnaissance comme pouvoir, comme loi , comme arbitre , du sens individuel... Tu parles de fanatisme, de despotisme; mais qui ressuscitera le fanatisme à la veille de s éteindre? Ne sera-t-il pas une réaction naturelle contre votre entreprise? Vous invoquez la liberté des peuples : celte liberté sera relardée par vous. Vous avez mis la révolte dans les esprits, et, pour se défendre, les gouvernements auront recours à la force et arrêteront le mouvement progressif qui entraînait les nations à lu complète réalisation des principes de liberté que le christianisme a placés à leur base.
CHAPiTHE V. 20 1
Désordre, rébellion, guerre civile , tels sont les seuls mots à inscrire sur votre bannière, car il est interdit à vos doctrines de produire jamais d'autres fruits! Et si vous êtes impuissants dans la conduite et dans la direction des masses, vous ne Pèles pas moins dans la conduite et la direction des individus...
— Eh! mon frère, interrompit Théodore, si votre mission, à vous, est de diriger les âmes vers le bien, que n'allez-voiis dans les paroisses de nos villes chercher les brebis égarées pour les ramener au bercail , au lieu de rester dans ce tranquille château où 1 on est fort à Taise , je n'en disconviens pas . ajoula-'-il avec une légère nuance d'ironie, mais où je douto qu'il y ait, pour le chapelain, grand'chose à faire, si ce n'est de regarder, lu rougeur au front et la honte dans le cœur , les gages d'un amour adultère qu'on y voit gravés à cliaque pas?
— Et ces gages d amour, Théodore , ces souvenirs d une passion cou[>able sont pour moi autant de signes qui me rappellent sans cesse la (nission que j'ai entreprise. (Vest le souvenir de cet amour, ce sont les dernières flammes de celle passion coupable, que je combats ici. J'ai entrcprib la coiiversi<Mi de madaïuc Diane dt
Poitiers, dont les fautes ont donné un {jrand scandale au monde, et, mon frère, comprenez quel est mon bonheur ; chaque jour mes conseils produisent un nouveau fruit de salut, cliaque jour je déracine au cœur de cette femme une vanité mondaine, une haine ou une idolâtrie. Elle n'est pas encore guérie, la pauvre âme malade ; mais bientôt, je l'espère, avec l'aide de Dieu, elle édifiera par son exemple tous ceux que les fautes de sa vie avaient scandalisés.
— Bientôt, mon frère, reprit Théodore, bientôt, dites-vous, Diane de Poitiers sera une pieuse femme ! Vous Pespérez, et vous prenez peut-être pour une ferveur réelle un de ces caprices d'un moment si communs chez les femmes de cette sorte. Belle encore, Diane pourrait encore s'entourer d'adorateurs, et elle consent à se cacher dans la retraite pour y expier ses fautes passées! Mais, croyez moi, à cette retraite, passagère boutade contre ce monde qui Ta délaissée après la mort de son amant , succédera le besoin de reparaître sur cette scène qu'elle a trop longtemps occupée pour ne [)as la regretter.
Et , puisque vous me parlez dune femme que Vous espérez ramener au bien par vos conseils et