‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 115 sur 145 · CHAPITRE V. 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2G

je fais, ajoula-t-il en buvant un troisième coup. Le page leva les épaules et se baissa à Toreille de sa voisine qui sourit d'un air moqueur.

— Quant aux épines qui les avoisinent, reprit le sacripant exaspéré par ce sourire, quoique clfilées, elles n'ont pas de pointe... et Ton s'en moque!

— Serais-je par basard de ces épines-là, dit le jeune liomme, contenant assez bien son impatience; s'il en est ainsi, vous vous trompez, monsieur, sur leur nature, et, quand vous voudrez, je vous prouverai que qui s'y frotte... s'eu trouve mal !

— Là , là, mon jeune cheval échappé, reprit le matamore en brûlant à la bougie placée devant lui une tête de bécasse enfilée à sa fourchette, il ne faut pas que la chaleur de l'école buissonnièrc vous fasse oublier d'où vous sortez, beau sire! Si vous trom{)ez le maître dont vous mangez le pain, vous ne tromperez j)as, croycz-le bien , SCS amis... Quant à moi, je le préviendrai de vos faits et gestes , sans rien redouter de votre colère et des gros yeux que vous me faites, petit mignon.

— Delà colère! vous vous faites honneur, monsieur, répondit le jeune homme avec dé-

dain. II y a des gens qui n'excitent, qui ne peuvent exciter que la pitié et le dégoût, et c'est ce que Ton éprouve pour le fanfaron sortant du cabaret, à moilié ivre, et venant nous importuner de ses impertinents , de ses extravagants propos.

— Misérable enfant trouvé, *s"écria le courtisan, je t'apprendrai à qui tu parles! et, dans la colère, donnant à sa fourcbelle qu'il tient à la hauleuide la bougie un coup sec, il envoya la tète de la bécasse du côté de Mézlères ; le bec brûlant eltleura la joue Ju jeune bommc.

— Tu es un lâcbe! lui cria celui ci en se levant et en lançant son gant à la figure du gentilliomnie. La bécasse m'a frappé, mais en revancbe j'ai frappé la bécasse... car ma main est dans ce gant aussi vrai qu'elle sera demain, tout à l'beure , si tu veux , à la garde de mon épée.

Et pendant que les témoins se lèvent et (juiltent la table en désordre, pendant que Ton relient à grand'peine le jeune écuyer qui veut se jeter sur son brutal a Iversùre, pendant que celui-ci ricane eu envoyant des baisers à Eve tremblante . éperdue, un autre dialogue s'engage dans une autre partie du château.

C'cîl dans le licbc iq)|'arl€»)ent où major-

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dôme et doniesliques portant flambeaux ont conduit Mo le maréchal de Saint-André; car c'est après souper, et chacun des seigneurs reçus par Diane peut maintenant réOéchir en paix, au coin de son feu , aux événements de la journée, et résumer la position que lui a faite Tenlrevue de tantôt.

Renversé dans un grand fauteuil , la tête en arrière et les yeux fermés , le maréchal calcule les nouvelles chances ouvertes à sa fortune par sa nouvelle alliance avec les hommes les plus puissants de France ; puis, incapable des'arréter longtemps à des idées sérieuses , son esprit revient à ses pensées habituelles : il est ici pour un rendez-vous d'amour ; cette ravissante fille dont on lui remit le porlrail est-elle réellement habitante de ce château? Ses yeux Tout vainement cherchée pendant toute la soirée; si elle allait venir, si tout à coup un bruit léger à sa porte... Une petite toux sèche se fit entendre à ses côtés; surpris : il leva la tête : un homme était installé sans façon sur un autre fauteuil à l'autre coin «le la chemiriée : c'était Isaac; la tète appuyée au chambranle , il semblait plongé dans une pi'ofonde léverie.

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