‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 117 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lion des affaires, chel de cabale, tout prêt à gouverner l'élat... mais de la fermeté, mnnseigneui*. Vous n avez pas assez poussé les aHaires daiis celte première entrevue. Pour rester à la tète d'une entreprise du (jenro de celle-ci, il faut toujours aller plus loin que les autres. Si vous terjji versez avec Catherine, on croira que vous navez pas quitté tout espoir de faire vos arrangements de ce côté... Eii bien! quoi! vous voilà soucieux à ce nom de Catiierine! vous fait-elle peur? rauimez-vous! que pouvez-vous désirer de mieux ? je vous mène à la puissance en faisant passer de loin un joli minois à vos jeux! Peut-on vous faire arriver aux honneurs par un chemin qui soit plus de votre goût?

— Pour qu'il le fût lout à fait, il faudrait me faire retrouver l'image dont le portrait m'a séduit. Est-elle réellement ici, Isaac, et puis-je espérer ?. . .

— Comment! vous ne pouvez un seul instant détourner volreesprit de sa tendance d'hahitudej et vous conlenler de sérieuses pensées?

— Si, vrai-Dieu ! et quand tu es venu, je pensais très-sérieusement à t'empruntcrde l'argent.

Le juif fil la grimace.

— A qui la faute? L'argent est le nerf de la

guerre : lu me lies dans une affaire qui, ayant pour conducteurs Guise et Montmorency , ressemble, comme deux coups de canon, à une prise d'armes; et, me sacl)aut à sec comme toujours, tu fais ensuite la moue à ma demande ! Entendons-nous ! prêle-moi , si lu veux être le banquier d'un membre du triumvirat, sans cela j'abdique mon titre , et je n'en serai pas moins ton débiteur...

— Et j'aurai une chance de moins pour ne plus élre votre créancier?... Allons, allons! on verra ce qu'on peut faire pour vous. Combien vous faudrait-il donc?

— Trois mille écnsau soleil, est ce trop?

— C'est beaucoup !

— A ce prix, du moins, me diras-tu si celle jeune beauté pour qui je me suis mis en route. . .

— Elle esl ici , monseigneur, ici , mais fort occupée , je pense, avec quelqu'un des vôtres.

— Quelqu'un des miens ici... Qui donc , Isaac? Ce n'est pas le gros Saint-Sornin , apparemment ; il songe plus, s il m'a rejoint, à faire sa cour au cellerier d'Anet qu'à ses sylpliides. Quel est celui qui peut se permettre!...

— De faire la cour , sans votre perniission , à la femme que vous avez trouvée jolie?... Si

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elle a paru telle à monseigneur , elle a bien pu Têtre aussi pour le simple écuyer...

— Le simple écuyer !.. Serait-ce Mézières?.. • Est-il en effet dans ce châleau? Comment s'y Irouve-t il?

— Je pense à tout; sachant que vous viendriez ici, que vous y séjourneriez , pour vous mettre en état de paraître avec avantage parmi ceux que cette demeure rassemble , j'ai pris sur moi d'amener Mézières...

— C'est trop d'alteiition , en vérité, dit le maréchal d'un air piqué. Amener justement Tamoureux de la belle, au moment où j'ai la fantaisie...

— Voilà ce qui prouve que je ne sais pas tout. J'ignorais absolument la liaison qui existe enlr'eux !

— 11 me déplait, ce Mézières! et je n'attends qu'une occasion pour m'en débarrasser . . On ne sait d'où cela vient... Celle chaleur avec laquelle madame de Saint-André me l'a recommandé... Cet enfant a éléélevé par elle... 11 existe à ce sujet une histoire bien invraisemblable, bien romanesque... de ces histoires que trouvent toujours les femmes quand elles veulent nous cacher quelque cho.'^e. Qui est-il, cei enfanl /

d'où vient-il? Tu ne sais pas, loi, Isano, que Marguerite de I.ustrac, mon honorée éj)ouse, qui, lu dois t'en souvenir, nVa si bien chapitré un soir sur le respect du lien conju^jal, sest mariée ayant au cœur une secrète passion... Oui, le prince de Condé , jadis, a su lui plaire ; les choses même, à ce qu'on m'assure, ont été loin entre eux... On me l'a dit charitablement un de ces jours. Ce s*bnt de ces secrets , vois-tu , qu'un mari ne peut manquer de savoir tôt ou tard.

— La peine du talion : comme vous avez fait aux autres, il vous sera fait à vous-même! Néanmoins, vousni'étonnez, dit le juif ; aujourd'hui même j'ai appris que le prince de Condé, pendant tout le temps qu'a duré sa prétendue captivité, n'a pas quitté les environs du château de Mézières...

- — Condé était à Mézières! s'écria M. de Saint-André. . . à Mézières 1 ... Ce qu'on m'a dit de leur liaison n'était donc pas un conte.,. Ils s'aimaient, et elle l'aime encore ! Allons, allons! toi qui t'es tant moqué des maris trompés, allons, ris donc... encore un ! J'enrage! Qu'est-ce donc, cela? Et comment ces mots infidélité conjugale, qui me semblaient si gracieux , si légers tout à

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