‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 12 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

magne Luther et en France Calvin , se disent suscités de Dieu pour réformer TEgiise.

— Suscités de Dieu! dit le vieillard en relevant la tête; et quelles preuves en donnent-ils? Us ne font pas de miracles , que je sache ; mais ils sont cause qu'on se querelle partout ; plus de paix , plus de gaieté , même au cabaret : le huguenot ne boit pas, ou s'il boit, il casse les verres en se querellant sur une parole de la Bible.

Il n'y a bourg ni bourgade, village ni hameau , qui n'ait maintenant son audacieux tout prêt à réformer Magnificat. Ici même, ici, sous les murs de cette bonne ville de Dreux, toujours si catholique , les prêcheurs ont semé le doute, Tincrédulilé et Torgueil , cl la moisson en huguenolerie commence à se montrer bonne.

— Quoi ! dit Hélène , même dans ce tranquille pays, les huguenots...

— Ah! je crois bien! s'écria le borgor. Ils comptent parmi nous, ajoiita-t-il avec un air de mysicre, plus de partisans qu'on ne pense. Malgré toute la vigilance du j)rocur''ur syndic de Dreux, ils ont tout près d'ici un lieu de rasseiiiblemenl; cl , tenez, voyez-vous In-b s, derrière ces pommiers que Ton aperçoit à Ihorizon,

là où s'élève une légère fumée , il y a une vasle grange , la Grange de Nuisement , où il se chante plus de psaumes en français que de rondes au jour de la moisson.

— .La grange de Nuisement, dit Hélène qui avait écouté le berger avec Tair d'un vif intérêt, c'est ce grand bâtiment qu'on aperçoit à gauche sur la route de Mézières à Dreux?...

— C'est là que les huguenots du pays se rendent chaque nuit pour comploter; on parle, ajouta le berger, d'un grand personnage caché dans les environs, qui est l'âme de toutes ces assemblées. Des messagers lui viennent de tous côtés pour le tenir au courant de ce qui se passe dans les provinces où la réforme compte des partisans. Mais malheur à lui si Ton met la main dessus... On esta sa recherche... des soldats , ce matin , ont fait une battue dans tous les villages des environs. C'est que notre maître, sa jeune majesté le roi François II, ne badine

j)as 11 veut en finir tout d'un coup avec les

malconlents, et leur chef, le prince de Condé , vient, dit-on, d'ôlre condamné à mort.

— Eh ! quel plaisir , enfants , dit Doloride , quel plaisir pouvez-vous prendre à écouter de pareils contes?

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