CHAPITRE V. 28o
puissé-je aider à vous faire comprendre cette voix ; je n'abandonnerai pas Tanie que le ciel m'a depuis longtemps adressée. Vous demandez à voir le prince de Condé... le prince de Condé sera enchanté de votre visite : vous lui avez plu pendant le peu d'instants qu'il a passés avec vous... Demain , si vous voulez, nous partirons ensemble.
Mézières accepta vivement la proposition, et il se retira après avoir promis au prêtre catholique, qui avait cherché vainement à lui faire entendre quelques paroles salutaires, de ne prendre un parti décisif qu'après de nouvelles et sérieuses réilexions.
— Eh bien! dit l'abbé Guillaume quand Técuyer fut parti , eh bien ! mon frère, voilà les prosélytes que vous faites ! Ce sont là les cœurs où germent vos leçons !... Quelles leçons, mon frère , et quels fruits elles produisent î
— Ce jeune homme est furieux... la colère l'aveugle, comment pourrait-il nous comprendre?... Jugerez-vous de nos doctrines par l'application qu'un fou en ose faire?
— Ainoi, vous ne voulez pas que Ton attribue à vos principes les erreurs qui en résultent... et jamais, jamais vous n'avez manqué d^attrihuer
aux catholiques toutes les conséquences qne Von f)eut liier de leurs doctrines, même par de faux raisonnements...
Oh! mon frère , combien votre rébellion déplorable porte déjà de tristes fruits! Combien ma faiblesse, ma tendresse pour vous, et le mouvement qui m'a porté à accueillir un transfuge de notre sainte religion, sont déjà sévèrement punis ! Mais çpargnez-moi du moins la douleur de voir se rallier à votre cause ceux dont je condamne les erreurs ou les passions... Imprudent, qui venez recruter des partisans jusque dans la demeure de vos ennemis ! Diane, malgré mes leçons, n'a point encore entièrement adopté le paciGque esprit de TÉvangile... Et si Ton vous savait ici... 0 mon frère, n'empoisonnez pas la joie si courte de cette réunion qui va bientôt finir, par l'idée du danger que vous courez, et par le souvenir désolant de nos divisions...
Ne me forcez pas à me repentir d'avoir oublié mon devoir ; que je puisse du moins ici vous aimer, mon frère, vous proléger, vous défendre contre vos ennemis, sans qu'une voix vienne me dire: Tu aimes, lu protèges, tu défends un ennemi de lEglise... Que ce soit entre vous et moi, ce soir, la trêve de Dieu. Nous sommes nés