CHAPITRE VI
nomme par ma rougeur et par ces larmes, les dernières que je veuille verser, ne lui parlez pas de rinjuslice, de la rigueur de son père envers moi...
— J'ignore absolument ce qui s'est passé entre vous et le maréchal.
— Si je parviens un jour à laver mon honneur... alors, contez-lui mon offense. Si la victoire me favorise, dites-lui que je n'ai blanchi mon épée que pour elle; si, trahi par le sort , par les hommes , par le Ciel , je meurs en voulant frapper, dites-lui que je suis mort en pensante elle... Adieu !
— Adieu ! répéta-t-elle en sanglotant.
H prit la main de la jeune fille et il la pressa de ses lèvres, après quoi, il s'éloigna rapidement.
Les yeux mouillés de larmes , la demoiselle de compagnie le suivit du regard ; il était déjà sous la voûte qui conduit à cette terrasse, quand elle vit un homme sortir derrière lui, comme un spectre , de l'encoignure du bâlimeiit. Elle reconnut très-bien le docteur noir, c'était sous ce nom qu'Isaac Leperdriel était connu au château. L'alchimiste toucha le jeune homme sur l'épaule, et, a|)rès (|uel(|ues mots échangés, elle
le vit passer la main sous le bras de récuyer et tous deux disparaître par la porte de l'esvalier.
Elle-même regagna lentement sa chambre, et toute la journée se passa à pleurer sur le triste sort de ce pauvre jeune homme.
JNous n'avons rien à raconter sur la fin de cette journée. Qu'est devenu Mézières? Est-il parti? estil resté? nous le saurons peut-être plus tard. En attendant, voyons ce qui se passe dans les appartements d'honneur du château ; car la chasse est finie et tout le monde est rentré.
La nuit est venue, et le manoir n'est plus qu'une masse sombre au fond de la vallée ; pourtant voici une, deux, trois, quatre fenêtres qui l'édairent sur sa façade principale. Les hôtes que Diane a reçus hier sont encore à Anet , et ces croisées sont celles du salon oiî ils sont réunis à cette fin de reprendre la question politique au point oh ils l'ont laissée dans leur dernière réu • nion.
Bonne retraite, et bonne soirée, messieurs, pour parler affaires et comploter en paix! Qui pourrait se douter qu'en ce château, perdu au milieu des bois, s'agitent les destinées de la France cl des deux religions? El qui serait tenté, danscetle nuit, rendue plus sombre par une