CHAPITRE VI
mande de vous pour obtenir qu'on lui donne entrée.
— De moi! dit M. de !a Bourdaisière trèssurpris.
— De vous, capitaine : autant que j'ai pu entendre au milieu des bouffées de ce vent du diable, celle dame est venue pour vous voir; les mauvais chemins, le mauvais temps l'ont empêchée d arriveravant la fermeture des portes; elle ma supplié daller vous prévenir; ma commission est remplie, avisez vous-même ce qu il convient de faire,
— Une dame!... ù celte heure!... et par un tenjps pareil!. Qui diable esl-cedonc? fjronnnelait le vieux capitaine en s'acheminanl vers la porte.
Il entra dans le corps-;le{jarde, et, se hissant sur un marche pied à la hauteur d une sorte de barbacaiic, ouverture étroite et grillée pratiquée dans I un des tourillons delà porte et ayant vue sur les dehors du chùleuti , il aperçut en effet, de Tautre côlé du fossé, une voiture à deux chevaux. Les nuances que le vent chassait dans le ciel découvraient en ce moment le dis<pie de la lune, et In clarté était assoz grande pour qu'on pût distinguer ce qui se passait à quelque distance daus la cauq)agnc.
— Qui demaude entrée au ehalcau d'Anel? dit le vieux gentilhomme en faisant de ses mains un porte-voix. Quelle est la personne qui prétend avoir affaire à M. de la Bourdaisière?
Une figure svelte etlégère, entourée de voiles auxquels le vent fit une rude guerre, descendit de voiture, et, s'approchant le plus près possible de la porte, cria en réponse à la demande du châtelain :
— Ouvrez, ouvrez, noire oncle ! car vous l'êtes, je vous ai reconnu à la voix ; faut-il tant de façons, bon Dieu ! pour qu'une nièce puisse embrasser son oncle? Faites baisser votre j)ont, monsieur, vous n'avez rien à craindre, je vous assure! 11 n'y a ici que deux pauvres femmes mortes de froid, le plus inoffensif des cochers, et les deux chevaux les plus fourbus de fatigue qui se puissent trouver sur une route aussi mauvaise que celle qui nous a conduites à ce château si difficile à faire ouvrir... Rien !... M'entendezvous? Je suis demoiselle Ismène de Cursay , fille d'Yolande de Fout-Pertuis, votre honorée sœur, par son mariage avec monsieur Gilles de Cursay, votre troisième frère... Maudit soit le vent qui emporte notre généalogie et m'empêche de vous prouver que c'est bien votre nièce