CHAPITRE VI
en personne que vous recevez si peu J>racieusenient à la porte de cet inliospitalier manoir. — Ah ! victoire ! ce bruit de clefs et de chaînes nous annonce que vous avez cédé à mes preuves ; mais déj)êchez-vous, de grâce, monsieur, car il nous tarde d'èlre devant un bon feu pour nous sécher et réchauffer après une aussi pénible journée.
Le pont-levis s'abaissa , et mademoiselle de Cursay, devançant la litière , se remit lestement en marche et courut à sou oncle qui l'attendait sous la voûte d'entrée.
— Qui pouvait s'attendre à votre visite , belle nièce? lui dit le vieux capitaine en se laissant embrasser, y a-t-il rait^on, je vous le demande, à venir à une pareille heure surprendre un vieux soldat, un vieux garçon qui n'a rien dqce qu'il faut pour recevoir convenablement des dames en voyage ?
— Conmient! |>as même un fagot pour faire du feu , et deux lits pour passer la nuit?... Allons donc , cher oncle , vous vous faites plus embarrasse que vous n'êtes. —Et, d'abord, un mol pour excuser ma brusque arrivée. — Sj majeslc la reine-mère , vous savez que j'ai 1 honneur de faire partie des demoiselles de sa suite, m'a
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donné pour compagnie à une dame de la cour qu'elle envoie àÉvreux. lia fallu partir sur-lechamp, sans avoir la possibilité de vous prévenir. — D'ailleurs, nous ne comptions pas nous arrêter ici. — C'est le mauvais temps qui nous a attardées. Me voyant, quand la nuit est venue, si près de votre demeure , je n'ai pas voulu passer sans venir vous assurer de n)a respectueuse al'feclionet sans vous meltre à même d être utile à une dame...
— A une dame qui n'oubliera jamais votre bon accueil , monsieur , ajouta une voix de femme à l'accent mule et au ton légèrement enroué ; à une dame qui se trouvera heureuse de vous en témoigjier toute sa reconnaissance.
Le carrosse était entré dans la cour , et la danje en était descendue. C'était elle qui , dans ce moment, parlait à M. de la Bourdaisièrc.
Le capitaine se retourna de son côté.
H resta interdit h l'aspect étrange de cette femme, vêtue dedeuil et coiffée comme le sont les veuves. Elle se mêlait avec les ombres de la nuit, et on ne voyait d'elle que son visage éclairé par une lueur s'échappant des ouvertures supérieures de la lanterne de l'oude : ce masque
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d'un blanc mat , carré par en haut , brusquement pointu par en bas, montrait ses gros yeux saillants , ses traits hommasses, sa bouclie avançant comme un muffle; il portail la triple expression delà sensualité, de Taudace et de Tasluce.
— Mon Dieu! madame, répondit iM. delà Bourdaisière, peu prévenu en faveur de la dame que lui amenait sa nièce, il ne m'est permis de faire que bien peu dans celte circonstance. Quelquefois, pendant Tabsence de madame la duchesse , j'ai reçu convenablement les personnes qui me venaient visiter, le château était alors tout à ma disposition; mais cela devient difficile et même gênant, pardonnez ce mol à ma franchise de vieux capitaine, quand madame de Valentinois est à Anet , et qu'elle-même a du monde ici.
La dame noire poussa sa compagne au coude.
— Néanmoins, ajouta-t-il, nous tâcherons devons loger au châleau; il y a au-dessus du grand salon une chambre...
T/une des voyageuses fit un mouvement que sa compagne seule remarqua.
— Une chambre à deux lils, reprit le capitaine, que madame la du^^hesse laisse à ma dis-
position pour loger deux officiers suisses ; car il est question de leur prendre une compagnie à Anet pour proléger le château contre les attaques des liuguenots , qui deviennent de plus en plus insolents. L'escalier qui conduit à cette chambre donne dans ma petite demeure , et si vous me promettez , belle petite nièce, de ne pas faire de bruit pour qu'on ne vous entende point d'en bas...
— Madame la duchesse de Valenlinois, dit mademoiselle de Cursiy d'un air indifférent, reçoit donc ce soir?
— Je pourrai, continua l'oncle, sans répoudre à la question de la demoiselle, vous installer |)our cette nuit dans la chambre des Suisses.
— Va pour la chambre des Suisses î dit la femme noire avec un rire qui lit regarder au gentilhomme s'il n'y avait pas là, derrière, quelque page qui s'égayait.
— Et maintenant, notre hôte, reprit la dame, commencez votre gracieuse hospitalité en enseignant à ce pauvre cocher qui a dételé notre modeste équipage , le lieu où il pourra héberger ses deux rosses fatiguées.
— Cela est facile. En route, fallot! Venez,