‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 133 sur 145 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

vais raison ! — Lève la tête , Marie , et regardemoi... Voyons si j'ai eu tort d'enipôclier la fille de celui qui me dit en mourant : Frère , veille, sur Marie! si j'ai eu tort de 1 empêcher d'aller à la cour de la reine-mère.

La fdie d'honneur de Catherine de Medicis leva ses grands yeux noirs sur son oncle avec assez d'assurance, d'abord; puis, l'aspect de ce visage, de ces cheveux blancs qui lui rappelaient son père, l'émut tellement qu'elle se couvrit la figure de ses deux mains et se détourna en sanglotant.

— Que dois-je penser de cette réponse? dit le vieux capitaine d'un ton moitié sévère , moitié attendri.

— Qu'après une journée de voyage et de mauvais temps, répondit l'aulre dame, avec un niouvement d impatience, on est plus facile à émouvoir, uïonsieur , et que celle pauvre chère Ismène aimait tant son père qu elle ne j)eul entendre prononcer son nom sans se sentir attendrie ! Ce n'est pas à vous qu'il appailieiil de vous en fâcher !

Le vieillard secoua tristement la lèle. Dans sa pensée , celle émolion avail une jnitre cause.

— Au domeuranl . ropril-il , ajucs unr ii<>u-

velle pose, ces larmes ne peuvent me fûclier... Non vraiment elles ne me fâchent pas, Marie ! soit qu'elles viennent d'attendrissementau souvenir d'un père vraiment regrettable, soit qu'elles coulent parce qu'on se reproche tout bas de n'avoir pas suivi l'exemple qu'il a laissé , ces larmes prouvent que le cœur est bon. Si ce cœur est pur encore , Marie , invoque souvent ce souvenir d'un bon, noble et respectable père; il suffira pour te préserver de toute souillure. Si cette pureté a été ternie, ajouta-t-il tristement, eli bien ! qu'il t'aide encore à rentrer dans l'estime de toi-même, à sortir de l'avilissement où tu es tombée et à reconquérir noblement le droit de parler d'honneur , enfant , et de regarder, sans rougir, le front cicatrisé et les cheveux blancs du chef de ta maison !

— Je suis très-fatiguée , très-souffrante, monsieur, dit mademoiselle de Cursay en se levant et en quittant la table , et si la compagne que m'a donnée sa majesté est aussi fatiguée que moi, nousvous prierons toutesdeux de nous faire conduire dans la chambre que vous nous destinez pour cette nuit.

— En vérité, monsieur, dit aussi la dame noire enjetant sa serviette, vous ne pouvez rien faire qui

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