‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 134 sur 145 · CHAPITRE VI. 5M · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 5M

nous soil plus agréable. Vous avez un eiilrelieii Irès-gracieux , très-diverlissaut même, ajoulal-elle avec dépit; mais quand on a voyagé, rien ne vaut un lit pour dormir... et nous vous assurons que , ce soir, nous n'aurons pas besoin , pour cela, de morale.

— Et ma morale , répondit le gentilhomme , se bornera à rejeter tout le blâme du mal qui s'est fait, s il est vrai qu il y ait eu du mal de fait, sur celle qui, au lieu de conduire au bien les âmes que le ciel lui avait données à diriger, lésa corrompues, perverties par ses leçons el par ses exemjjles... Sur celle-là , ajouta le vieillard en élevant la main vers le ciel , oh ! sur celle-là vengeance et malédiction ! Vous voyez bien, reprit-il avec bonhomie et en se tournant vers l'étrangère qui faisait une singulière grimace , que celte morale ne vous regarde pas, madame. Mais pardon , vous êtes fatiguées toutes deux, el je me tais. A merveille!... voici Honorine d<i retour; tout est prêt en haut pour vous reee voir, et je vais, ajouta-t-il en prenant des mains de sa gouvernante le fland)cau et les ciels qu'elle portait, je vais avoir l'honneur de vous installer dans le seul réduit qu'il me soit possible de vous offrir pour cette nuit.

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Et, marchant devant la danie noire qui s avance en s'appuyant sur mademoiselle de Cursay , il monte des escaliers étroits et tournants , il traverse des passages si peu larges qu'ils semblent pratiqués dans l'épaisseur des murailles.

Les mystères de jalousie, de vengeance et de galanterie étaient communs à Tépoque qui vit bâtir Anet , et les demeures des hommes de ce temps portaient une double empreinte : celle de leur vie publique et celle de leur vie cachée.

Chaque porte devant laquelle passait le vieillard avait son histoire el son nom. Là , c'était la chambre du mauvais vouloir, plus loin, celle de la maie veille.

— Ici , dit-il en s'arrêtant devant une petite porte, est la cachette de Catherine. A cette chanjbre, ajoula-t-il, se rattachent les souvenirs d'une aventure assez piquante que la haute et puissante dame que vous servez ne vous a peutêtre pas encore racontée.

— Qui sait? répondit la voyageuse toutessoulflée par celte longue marche dans les détours du manoir... elle m'en a conté iort long, et je sais aussi bien qu'elle peut-être ce qui lui est arrivé; dites toujours, monsieur, Ion vous écoute.

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— Kïï bien donc, il y a longtemps décela, celait du temps du roi Henri II , à I époque qui suivit raclièvement de ce beau château ; je n"élais point encore allacljé au service de madame la duchesse. Or, la reine Catherine, toujours curieuse, car on dit qu'elle Test, et vous devez le savoir mieux que personne, désirait savoir ce que son royal époux venait quelquefois raconter a la maîtresse de céans. C était la forme des discours qui se tenaient dans ces entrevues fréquentes qu elle voulait apparemment saisi»», car elle n ijjnorait rien du fond, et n'eji vivait pas moins bien avec celle que son époux aimait tant à faire causer... On assure qu'il ne se disait là que <le belles choses sur la manière de gouverner la France et de triompher des partis; je veux bien le croire, et c était à ce qu'il paraît ()0ur s'instruire dans Tari de gouverner que Catlu'iiiie donna de I argent, beaucoup d'argent pour être introduite mystérieusement datis un lieu voisin de celui où se passaient tant de graves conférences. Le serviteur do Diane, qu'elle croyait as oir gagné, découvrit son projeta qui dedroit, et, quand madamet^alherine arriva dans le n»ystérienx réduit, elle trouva qu'on y avait organisé le*» moyens dont elle se

servait au Louvre pour écouter ce qui se disait au conseil du roi... Jujjezde son dépit! elle qui croyait son espionnante si secret : ce fut bien pis encore quand elle appliqua son oreille aux conduits préparés pour servir ses projets. Diane et Henri étaient en bas , sachant qu'elle était en haut aux écoutes... Or, je ne sais s'il fut, dans celte séance, beaucoup parlé des affaires d'état, mais on conte que le roi en dit de belles sur le tourment d'être joint à une femme curieuse et brouillon , voulant à toute force se mêler de gouvernement... On ajoute même qu'il discuta longuement, cette fois, le dessein qu'il avait formé de la répudier, car c'était avant que sa longue stérilité eût cédé aux remèdes de ses médecins. Il déduisit toutes les raisons qu'il avait d'en agir ainsi , ne cachant rien de ce qu'il savait des faits et gestes de dame Catherine... Jugez de la position de cette pauvre reine! elle apprenait à la fois que toutes ses pratiques étaient connues , et que son mari la détestait presque autant qu'il aimait sa rivale ; car, ajoute la chronique, ses accusations contre l'épouse étaient accompagnées de compliments et d éloges si vifs et si galants adressés à la maîtresse, que les oreilles de celle qui écoutait en ont dû

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