‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 135 sur 145 · CHAPITRE VI. ôlo · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ôlo

linler comme si elle fut demeurée toutuu mois sous le bourdon de Notre-Dame!

On était parvenu à la chambre où était préparé le coucher de ces dames. Le capitaine les introduisit dans une pièce très simplement meublée; un grand feu illuminait sa vaste cheminée, etdeux lits bien garnis de bons matelas et de draps blancs s'y voyaient au fond , sous les courtines de soie d'une alcôve enfoncée.

Après avoir allumé deux bougies sur la cheminée, et |)résenté aux voyageuses l'expression de ses vœux pour le parfait repos de leur nuit, M. de La Bourdaisière se retira , fermant la porte derrière lui et les laissant à elles-mêmes.

— Ah! enfin! s'écria l'une des deux femmes après avoir écouté longtemps le bruit des pas du gentilhomme, bruit qui s'éloignait et finit par ne plus se faire entendre dans la longueur des ;^ corridors.

Et elle se laissa tomber dans un grand fauteuil, au coin du feu.

C'était la reine Catherine de Médicis en personne!

— Jésus-Dieu! mignonne, l'ennuyeux parent que nous avons là! Un voyage commencé si îTaiement devait-il avoir une fin si maussade..»

et quand tu riais si gentiment ce matin en nous voyant partir pour courir les grandes aventures, pouvait-on croire ce joli rire si voisin des pleurs? Tu es une enfant, mignonne, ajoutât-elle eu attirant cavalièrement sa fille d honneur qui restait debout devant elle, et en la faisant asseoir sur ses genoux , et tu as , à ce qu il paraît, les larmes faciles; somme toute, c'est une heureuse qualité; j'en prendrai note : ça peut me servir au besoin. Friponne, sais-tu, ajouta-t-elle en la baisant sur le front, que tu ■

es vraiment belle quand lu pleures. . . Ces grosses ^

larmes si limpides qui filtraient entre ces longs doigis si menus et si blancs... C'est dangereux de pleurer si bien devant Catherine... N'aie pas f

peur; voyons , ma colombe! Foi de reine! en- *

faut, nous ne te ferons pleurer qu'aux grandes |

fêtes! — S ils m'entendaient, reprit-elle après f

un instant de silence, ne diraient-ils pas, -

ces Français, que je suis l'ogresse du conte et que je me nourris de la chair des petits enfants?... Et tu le vois, pourtant, mignonne , je suis gaie , sans façon, et lu sais combien j'aime à rire. Le rire, j'en suis sûre , me va aussi bien qu'à toi les larmes; le rire épanouit l'âme, et, donnant au sang une vitesse nouvelle, il l anime

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d^ine plus grande chaleur; ah! la chaleur... la chaleur... c'est ce qui nie manque dans ce froid pays! Est-ce ma faute, à moi, si lesoleil, ici, est glacé? Dis-moi des choses qui me fassent rire... Cette vieille, en bas, quelle mine singulière! On doit avoir une figure aussi jaune et aussi sèche quinze jours après avoir été enterré... Et tu n'as pas découvert , toi , car tu ne vois rien , tu n'as pas découvert le grand sujet de la colère et du dépit de la gouvernante eu nous voyant arriver? Il y avait deux couverts sur la table, par ma foi , et son premier soin , en tournant autour, a été de faire disparaître I indice accusateur. Elle se livra à un bruyant accès de gaieté.

— Et tout ce que ce vieux roquenlin d oncle nous a (lit , ajoula-t-elle , u'étail-il pas aussi fort réjouissant?

— Est-ce là, vraiment, la pensée de sa majesté? Quant à moi , je ne Tai pas trouvé ainsi , se hasarda à répondre mademoiselle de Cursay , et il ma semble que madame la reine avait témoigné plusieurs fois par. ses mouvements d'impatience et la contraction de ses traits, que les discours de M. de La Bourdaisière étaient peu de son goùl.

— Tu («' Irompes! c'était chose comique de

m'entendre dire à moi-même ces drôleries, et je vous aime tant, vous autres Français, qu'en vérité, pour que cet amour dure , il est bon que, de temps en temps, je sache que je suis payée de retour!

^ — Et ce conte , dit encore la fille d'honneur, ce conte qu'il nous a fait en nous montrant celte chambre...

— Ce n'est pas un con(e, pardieu! s'écriat-elle en repoussant mademoiselle de Cursay et en se levant vivement , et, dans cette chambre, tout s'est passé ainsi qu'il l'a dit, ton vieux parent... J'en ai bien ri depuis, ajouta-t-elle en se promenant à grands pas ; oui , mais alors, je ne riais pas , Ismène. On change avec l'âge ^ et je n'étais pas alors ce que je suis devenue depuis! Qui sait?... C'est peut-être à cette nuit que je dus mon changement!... C'est qu'en vérité je l'aimais, moi, cet homme... c'était pour connaître ses goûts, pourétudier comment je pourrais lui plaire, moi , sa fem;ne qu'il négligeait , que je cherchais à me mettre au courant des affaires .. Mes soins, ma tendresse, disais-je, le ramèneront dans mes bras; il s'étonnera alors des bons conseils que je lui donnerai; n'en trouvant pas d'aussi bons ailleurs, il restera auprès de moi, nous

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