CHAPITRE \l
courant des recherches qu'il fait à ce sujet... Je pourrai peut-être trouver de ce coté le moyen de me venger d abord , et de l'occuper si bien de ses propres affaires qu'il n'ait pas le temps d'embrouiller les miennes. Allons! en route , Ismène , il se fait tard , allons! on complote en bas ! Prends cette bougie, la cachette n'est pas loin. J'ai ma fausse clef... allons gouverner !
Arrivée devant la chambre où elle devait trouver les moyens de satisfaire sa curiosité ^ Catherine de Médicis fut dispensée de se servir de la fausse clef: cette chambre était ouverte.
La reine hésita un instant si elle entrerait ; enfin , poussant tout doucement la porte entrebâillée , elle allongea la tête , et vit que la place était prise.
En effet , un homme, le dos tourne à cette porte et l'oreille a|)j)liquée à ranjjle d'un mur, semblait prêter une grande attention aux sons d'eu bas qui lui arrivaient au moyen do ces appareils d acoustique alors en usage.
Une lampe était placée à côté de lui sur une table , avec une plume, de 1 encre , et il s'interrompait de temps en temps dans son audition, pour écrire rapidement quehjues notes sur \v papier.
La bonne reine s'ébaliit fort à cette vue, et elle allait se retirer comme elle était venue, quand elle s'aperçut que le visage de récoutunt était lort de sa connaissance : elle entra alors tout doucement, et, s'approcliant de l'espion ,. dont l'attention était toute concentrée dans l'oreille, elle lui frappa doucement sur l'épaule.
— Et que fais-tu donc là , notre bon ami Jsaac? dit-elle en parlant à voix basse.
— La reine ! fit le juif sans se déranger... Je vous attendais, madame , et, vous le voyez, en vous attendant , j'écoute à votre profit.
— A mon profit, reprit-elle d'un air soupçonneux, ou pour le compte du roi de Navarre, cbez qui tu vas quelquefois, maître, porter la cabale et ton or...
— Si j'écoute au profit de tous les grands qui m'appellent et que je visite, mon oreille sert alors à toute la cour; car il n'y a pas à la cour une personne , une seule, qui ne réclame , de temps en temps, mes services.
— Tu jouerais gros jeu à me tromper, voistu bien , Isaac...
— Et que gagnerai-je, madame ;, à vous servir fidèlement?
— Mon estime , mon amitié d'abord.