‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 14 sur 145 · CHAPITRE J · texte numérisé non relu

CHAPITRE J

je ne le trouve pas; je Taurai donc laissé au village?...

L'un (les auditeurs du père Beaudouin respira alors plus librement.

— Et il faut, reprit le bonhomme, que la personne qui a perdu ce livre soit titrée , car il y a des armoiries sur la couverture du grimoire, des armoiries de due, vraiment, des armoiries où il y a représenté...

— Que prouve tout ce bavardage? dit la femme de confiance de madame de Saint-André, en se levant et en inlerrompantde nouveau le bonhomme.

— Ça prouve que les grands s'en mêlent aussi; et même ce sont eux, si j'en crois mon gros bon sens, qui déchaînent sur notre mallieureux j)ays ce nouvel orage de troubles et de calamités : ils se rappellent trop que douze hommes du peuple, comme moi, ont prêché Jésus Christ ressuscité, il leur faut une religion d'origine plus relevée... Et puis, ils ne pouvaient plus guerroyer et tyranniser les pauvres gens (jui respirent plus à Taise depuisqu'on a démantelé leurs donjons ; c'est pour en relever les murailles, c'est pour se faire encore maîtres durs et intiailables , qu'ils ont trouvé

ce prétexte de relio^ion. Ils espèrent se placer ainsi au-dessus de la loi , du droit de tous , et ils n'attaquent la royauté de Dieu que pour mieux se soustraire à celte aulre royauté , à laquelle nous devons notre affranchissement. Aussi, croyez -moi, mes enfants, il y aura bien des coups de canon tirés, et bien du sang répandu d'ici à quelque temps. . . Ces champs, euxmêmes , ajouta le vieillard en étendant sa main autour de lui , ces champs auront peut-être leur part de ce grand sacrifice fait à Tinsatiable ambition des princes et des nobles. Quelquefois, quand je me réveille dans la nuit , au milieu de ces vastes plaines où Dieu a placé ma pauvre maison roulante, j'entends au loin un bruit d'armures qui se heurtent dans un choc terrible. La terre tremble comme si deux armées coînbattaient autour de moi ; et le soir, à la nuit tombante, je vois passer de oiandes troupes de corbeaux qui s'arrêtent et semblent chercher la proie qui leur a été promise. . . })uis ils reparlent en poussant de {jrands cris comme si quelqu'un leur disait : Ce n'est pas encore pour aujourd'hui!

— Puisque vous refusez le titre de sorcier, reprit la rieuse jeune fille , vous conviendrez

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