‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 140 sur 145 · CHAPITRE VI. 35i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 35i

pant le mémoire d'une main tremblante de colère , et en tenant ses regards attachés sur le juif, quelle somme avez-vous portée?

— Trois mille écus au soleil, madame, répondit le juif sans se troubler.

— Vous conviendrez que c'est là un singulier rapprochement, et que, si jetais le moins du monde soupçonneuse et défiante.. .

— Avez-vous vu , s'écria Tastrologue en interrompant la reine en ce moment, avez-vous vu la clarté qui, tout à Theure, a glissé sur ce mur?

— Non , quelle clarté? dit Catherine avec inquiétude.

~ Celle de quelque météore , répondit-il , qui , en passant sur le château , a éclairé la fenêtre placée en face de cette chambre.

— Un météore , à cette heure de la nuil... n'est-ce pas un mauvais signe , Isaac ? Ouvrez doucement cette croisée , de grâce, et dites-nous quel est Télat du ciel?...

Elle replaça , sans humeur , le mémoire sur la table, et n'éloignant pas son oreille du point où parvenaient les paroles qui se prononçaient en bas , elle suivit avec anxiété tous les mouvements de l'astrologue.

Celui-ci , la fenèire ouverte , savauça en dehors, sur un balcon au niveau du plancher de la chambre, et, levant la tête, il examina les astres.

— Eli bien? dit Catherine après un long silence.

— Hé bien î répondit 1 astrologue , le ciel est couvert, et dans les intervalles que les nuages en désordre laissent en s'enfuyant, je n ai encore pu apercevoir votre étoile...

— Vraiment? dil-elle en pâlissant.

— C'est daulant j)lns triste , reprit le vieillard , que tous les points de la voûte céleste se sont successivement dévoilés à mes regards. Le côté qu occupe votre astre est le seul que les nuages s'obstinent à couvrir.

— C'est un bien mauvais signe, mon pauvre. Jsaac , au moment surtout où nos ennemis , dit la reine d'un air dolent, s'occupent de moi et discutent là-bas le traitement qu'ils veulent me faire si la victoire seconde leurs entreprises... « Quelque cbose qui arrive , messieurs , nous ne pouvons oublier que Catherine est la mère du roi ! » C'est Guise qui vient de prononcer ces mots. — Mon brave Guise ! généreux comme toujours! Cet excellent cousin, «juoi qn il ail pu

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faire, je me suis toujours senti du faible pour lui. — Et mon éioile, Isaae, mon étoile! ajouta-t-elle en s'adressant au juif toujours sur le balcon.

— A quoi sert de m'interroger, madame?

répondit-il ; si vous atlacliiez du prix âmes paroles, si vous croyiez à ma science...

— J'y crois , Isaac , foi de reine , j'y crois !

— Vous ne la marcbanderiez pas comme une chose vile et méprisable , et vos soupçons...

Elle prit le mémoire , et après y avoir jeté un nouveau coup dœil , elle le rejeta sur lu table en disant :

— C'est trop!... beaucoup trop! d'ailleurs, cette coïncidence de cbilfres est si extraordinaire... non , vraiment, je ne signerai pas!

Ali ! reprit-elle en se ru()procliant du mur, mon nom a encore été prononcé en bas... cette fois, c'estM. le maréchal de Saint-André... Que dilil? « Quanta moi, voici mon avis sur la reinemère... je le dis pour qu'on ne suppose plus (jue je cherche jamais à nraccorder avec elle : . . . Nous n'avons qu'une chose à faire... c est de la prendre, de lattaclier dans un sac et de la jeter à l'eau. •) Ah;, l'horreur ! 1 s'écria Catherine après avoir réj>été ces paroles,

— 'Mais, mou Dieu, madame, dit mademoi-

selle de Cursay en se levant et en allant à la porte qu'elle ferma d'un verrou, vous courez un grand danger, et si les furieux apprenaient votre présence ici.

— Crois-tu , Isniène, dit la reine en treml)lant, qu'ils osassent exécuter celte menace?... 11 est vrai que ce Saint-André est capable de tout. Mais comment découvriroit-il mon secret? ceux qtii le savent sont tous ici. Je crois à leur fidélité, à leur zèle, à leur honneur, ajouta-t-elle en regardant du côté du juif avec une inquiétude mal déguisée...

— Non, vraiment, dit celui-ci d'un ton ferme, vous n'y croyez pas , puisque vous mettez en doute la justice de mes réclamations.

Et il s'éloigna de la fenêtre , comme pour sortir de la chambre.

Catherine s'était élancée d'un bond entre lui et la porte. Le juif vit qu'elle avait porté la main cà son côté , et il savait qu'un stylet était caché là, dans le pli de ses vêtements.

Le regard fixé sur elle , il recula lentement vers la fenêlre.

Arrivé sur le balcon, le juif dit gravement:

— Catherine , ton étoile n'a pas reparu , et il dépend de moi qu'elle soit obscurcie par une

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