‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 141 sur 145 · CHAPITRE yi · texte numérisé non relu

CHAPITRE yi

vapeur rouge, quand elle se monlrera de nouveau au ciel...

— Comment cela? dit-elle avec terreur et en reculant à son tour vers la table.

— La chambre où s'agite ton sort est en bas... il y a là celui qui vient de porter contre toi un arrêt de mort et qui , tu Tas dit toi-même , serait capable de Texécuter... Cet homme, je n'ai qu'un cri à pousser pour le faire venir aussitôt à la fenêtre de celte chambre.

— Tais-toi , oh 1 tais-toi !

— Je n'ai qu'à dire : A moi , monsieur de Saint-André, à moi ! Catherine de Médicis est là, en haut... à votre disposition.

— Plus bas! si Ton t'entendait je serais perdue 1

— Et que ne serais-je pas en droit de demander aux triumvirs pour leur avoir procuré une pareille capture? Ce ne sont pas eux, assurément, qui chicaneraient sur le prix d'un [)aieil service !

— Tiens, liens!... dit-elle en apposant sa si(Tnatiire au mémoire qui était resté sur la table , sois content, juif ; restons amis, et taisloi, au nom de l'enfer, tais-toi !

Elle lui jeta le parchemin.

r,5() LIVRE I.

Alors il quilla ia fenêire, alla ramasser le mémoire, examina la sigiialure, lira son portefeuille où il serra avec soin la pièce importante, et dit à part lui, en remettant le tout dans sa poche :

— A merveille, et comme cela dame Catherine paiera une part des frais de la guerre qui va s'ouvrir contre elle.

— Ah 1 ce Saint-Aiidré, ce Saint-André! disait la reine pendant ce temps-là, linfânje! c'est donc ainsi qu'il paie nos bontés!... Dans un

sac et à 1 eau moi, la reine! C'est qu'il y

lient! Diane combat cette proposition avec chaleur. On a vraiment raison de dire qu'il y a quelque chose de bon dans cette petite femme-là... mais ce damné maréchal insiste... w Dans un sac et à l'eau ! » Il le répèle , le monstre! Qu'avons-nous fait à cet homme-là, je te le demande , Ismène , et pourquoi donc nous en veut-il? El je ne me vengerais pas ! et je ne trouverais pas le moyen de le frap{)erdans ce qu'il a de plus sensible, déplus précieux, de plus cher! !... Isaac, mon cher Isaac, tu m'avais promis de chercher, de trouver... Quels sont ces tendres sentiments de la niaréchale dont Saint-André se montra de tout temps si

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jaloux?,.. A-t-on de nouvelles preuves que Coudé peuse encore à ses premières amours, et celte liaison a-t-elle continué depuis que Marguerite de Luslrac est mariée ?

— Nous n'en sommes pas aux conjectures , nous avons fait de jurandes découvertes dans ce sens, et M. de Saint-André, ù Tlieure qu il est, sait que Coudé, retiré dans les environs de la demeure de Marguerite , a passé un très-lonff temps à la voir tous les jours en secret.. .

— C est un coup de maître, s'écria-t-elle en frappant des mains; et celui qui t'a fait faire cette grande découverte connaît-il la retraite où se cache notre cousin de Coudé?

Le juif fil un signe alfirmatif.

— Tucomprends, Isaac , dequel intérèl il est pour moi, reprit la reine, de me mettre en rapport immédiatement avec le prince, et d'opposer (^iOndé , Coiigny, C^ulierine et les protestants à Montmorency, Guise et Saint-André... Maintenant, mon beau cousin consentira t-il à s\illier avec moi, et à revenir à la cour? il faudrait pouvoir Ty forcer... I^<' mystère de ses amours avec madame de Saint-André serait peut-être...

Mais ce jeune pagf. dont la présence auprès

de sa femme alarme tant la siisceplibililédu maléclial, quel est-il? d'où vient-il?

— C'est encore un mystère... Pourtant, ajouta le vieillard, voici une lettre qui, peut-être, aidera à le dévoiler. Celte lettre, arrivée à l'adresse du jeune homme, m'a été remise par 1 écuyer du maréchal arrivé ce matin môme à Anet... Elle vient du château de Mézières, et elle a été écrite par madame de Saint-André elle-même.

— Donne, donne vite! Oui, dit-elle en retournant le papier , quelque chose me dit que je tiens dans mes mains l'arme qui doit aider à me venger!

Elle s'installa à la table, et, tirant de sa poche loutce qu'il lui fallait pourson opération, elle eut bientôt amolli le cachet qui scellait la lettre. Elle disjoignit les plis avec une grande précaution, et,s'approchant de la lam()e, elle lut ce qui suit:

« Mon cher enfant,

» Vous m'avez toujours aimée et respectée comme voire mère, et vous avez eu raison, car, moi, je vous ai toujours aimé comme mon fds. cTest en invoquant ces litres sacrés de mère et (le Dis , que je vous envoie de nouveau mes con-

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