‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 142 sur 145 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

seils; ils seront, je Tespère , aussi biea reçus que par le passé.

» Et d'abord , mon enfant, les premiers de vos devoirs sont ceux que vous avez à remplir auprès de votre maître. Qu'il soit sacré pour vous, que le secret de sa vie privée ne soit point divulgué par votre bouche , que votre orgueil s'abaisse toujours devant sa parole, que votre intérêt particulier s'efface toujours devant le sien, et, si Taffection qu il vous inspire n'est pas assez forte pour vous porter à une telle abnégation de vous-même , faites tout ce que je vous demande, faites-le pour moi, Mézières, pour moi qui ai recueilli votre enfance abandonnée, qui ai pris soin de vos premiers ans !

n Si la reconnaissance que vous m'avez tant de fois jurée vit encore au fond de votre cœur, écoutez surtout la prière qu'il me reste à vous faire : Vous aimez Hélène, Mézières! j'avais lu depuis longtemps dans votre cmur avant que vous y eussiez vous-même découvert cet amour. C/est pour cela que je vous éloignai d'elle. J'espérais que 1 absence, la diversion, la vue dos autres femmes porteraient un |)rompt remède à votre mal, cl réduiraient l'exaltation de vos sentiments à une simple et pure amitié d'enfance;

'AO LIVRE r.

il nVn esl pas ainsi. Depuis votre départ, les lettres qui nous arrivent de vous sont, à votre insu peul-êlrc , brûlantes et passionnées. Elles portent le trouble et Tagitation au cœur d'une pieuse et innocente fille. L'attrait timide et enfantin qui vous attirait vers elle s'est fortifié par Tabsence, et la passion fougueuse de riiomme a succédé à Tamour naïf de Tenfant.

» Oli ! combattez , s'il en est temps encore , combattez de toutes vos forces cet ennemi de votre repos, de votre bonheur, de votre salut éternel peut-être; coupez le mal à sa racine; car une telle passion peut flétrir votre vie, et en Itiire la plus douloureuse lutte qu^il soit donné à Ibomnie de supporter ! Oh ! ne caressez pas une image trop chère, car cette image s'incorporant à votre cœur, à votre esprit, elle s'emparera de vous tout entier, ne vous quittera plus, elle sera la vision de tous vos jours, le fantôme de toutes vos nuits, et, lorsque, las de son pouvoir, vous voudrez vous eu débarrasser, l'ombre fatale sHinira plus fortement à vous, elle vous enlacera comme un serpent, vous enveloppera comme dans un suaire, et, après avoir fait les délices de \os heures solitaires, elle deviendra votre torture, voire supplice, votre enfer !

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» Oui, mon enfant, c'est là le sort qu'aurait cette passion fatale. Vous ne pouvez en espérer rien autre chose que le désespoir et la mort. Écoutez, au nom du ciel , la voix de la raison , et si elle ne suffît pas, joignez-y ma voix, ma voix qui, pour voussauver de vous-même, pour sauver celle que vous ne pouvez aimer sans crime, ne craindra pas de vous faire une révélation terrible : Mézières, arrète-toi sur le bord de Tabime, et songes-y ; cet amour qui, maintenant encore, n'est qu'une témérité, sera un crime quand tu auras lu ces mots que je n'écris pas sans trembler... Malheureux enfant, Hélène de Saint-André est ta sœur!... »

— C'est clair! s écria Catherine d un ton do jubilation; l'aveu est formel... et cette lettre, celte bienheureuse lettre que je ne t'ai pas Irop payée, Isaac , met à ma disposition celle qui Ta écrite et celui qui a été la cause première de cette phrase : « Hélène de Saint-André est » la so'ur, » Heureuse découverte ! Gardons précieusement cet écrit; et maintenant mignonne, écris, ajouta-t-elle en frappant sur l'épaule de sa lille d honneur, écris ce (|ue je

LlVllE I.

vais te dicter : e est une lettre à un prince, que tu vas faire. Taille ta plume; es-tu prêle? allons ! Jamais secrétaire royal , vois-tu bien , n'a été pressé par nous avec autant d'impatience, car je tiens là un coup qui peut me donner la partie.

Mademoiselle de Cursay se disposa à exécuter les ordres qu'elle recevait. Quand tout fut prêt, elle regarda sa maîtresse comme pour lui dire : J'attends!

Catherine de Médicis, après avoir rélléchi uu instant, lui dicta la lettre suivante :

« IMon cousin ,

« Je vois et j'entends tant de choses qui me dé- » plaisent, que si ce n'était ma confiance en Dieu, » et l'assurance que vous m'aiderez à sauver » ceroyaumeetleserviceduroimonCIs, en dépit » de tous ceux qui veulent tout perdre , je serais » encore plus fâchée. Maisj espère que nous rc- » médierons bien à tout avec votre bon conseil » et aide. Et pour en avoir dit au porteur de » celte lettre mon avis bien au long , je ne vous » en ferai redite par la présente , et vous prierai » seulement le croire de tout ce qu'il vous dira. » Ayez souvenance de conserver les enfants, la

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