CHAPITRE VI
» mèreel le royaume, et devenir inconliiientà » leur secours. Votre bonne cousine ,
» Catherine. »
— Maintenant, ajouta Catherine après avoir mis sa signature au bas de la lettre, par qui faire tenir celte missive?
Elle fit approcher le juif, qui s'était tenu discrètement à Tautre bout de la chambre.
— Par qui? mou bon Isaac, lui dit-elle avec ce ton doucereux qu'elle savait trouver quand elle avait besoin des gens , par qui a été décou- , verte la retraite de M. le prince de Condé?... qui la connaîl , celte retraite?
— Le page de M. de Saint-André, le jeune homme dont j'ai quelquefois entretenu madame la reine.
— L'enfant à qui s'adressait la lettre?... Je comprends; et où est-il, ce garçon? Ne peut-on se servir de lui pour faire remettre ce message?...
— Hier, cet enfant, que rincerlilude de son sort inquiète, après une scène violente avec I\L le maréchal de Saint-André , s'est arrêté à une brusque détermination : pour avoir raison des hommes puissants qui, dit-il, l'ont outragé, et
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dans Teiipoii' de les trouver sur le champ de bataille, il a abjuré la religion catholique...
— C'est admirable! et voici 1 homme qu'il me faut !
— Hier, il annonçait son projet de partir ce malin même avec un ministre protestant, caché en ce moment au château , pour rejoindre un corps de gentilshommes de la nouvelle religion qui se dirige vers Orléans.
— Ce matin... et il est parti... parti! s'écria Catherine en jetant la lettre avec dépit.
— Soyez tranquille, madame, répondit le juif avec un sourire de satisfaction; j'étais là... et, par un heureux pressentiment, je Tai retenu... ce n'a pas été sans peine... mais enhn il est encore au châleau.
— Allons, allons, dit la reine en reprenant la lettre qu'elle acheva de plier, je \ois avec plaisir, mon cher Isaac, que tu veux me faire bon marché... et tu n'as pas mis sur la note à payer les services les plus importants... Ce que c'est que la conscience! ajoula-t-elie; mais aussi , je te le demande , pouvais-je m y attendre à cela?... C e^l de Pcxtraordinaire, et tu nous traites en reine.
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Elle approcha encore son oreille du mur.
— La couféreuce est terminée eu bas... oui , je n entends plus rien, et ce bruit de fauteuils et de portes annonce que chacun se retire chez soi... Nous allons en faire autant; la soii'ée a été bien occupée... La royauté est Timage de Dieu sur la terre, dit-on: eh bien! nous venons d'exercer une des attributions de la divinité en écoutant dans notre invisibilité la conversation de ces trois hommes qui se croyaient seuls . bien seuls, éloignés de toute oreille pour recueillir leurs paroles , et ces paroles n'ont pas été perdues... elles sont là, avec la ferme résolution de les punir un jour d'une manière exemplaire!... Dieu |)eut oublier , ajoula-t-elle avec un sourire internai, mais Catherine de Médicis saura se souvenir !
El la femme athée regagna j> pus de loup son obscur réduit. Elle congédia le juif pour qu'il allât sur-le-champ lui chercher le messager qu'elle devait expédier à Condé, et, en Taltendanl , elle relui toutes les notes qu elle a\ait dictées à sa fille d'honneur.
Le lendemain, à ia pointe du jour, le vieil Isuac débouta coté du lit de M, le maréchal de
Saint-André , écartait ses rideaux , sans trop de précaution pour son sommeil.
— Toi déjà , Isaac ! lui dit le grand seigneur en se frottant les yeux; le pacte que nous avons passé ensemble ne dit pas cependant que mes nuits et mon sommeil t'appartiendront.
— Monseigneur plaisante , répondit le vieillard avec un sourire amer. Les affaires qui se sont passées hier sont si importantes, pour vous et pour moi , qu il est naturel que je vienne savoir de la bouche de monseigneur lui-même s'il est content...
— Hier! que s'est-il donc fait hier? dit le maréchal en passant la main sur son front... Ah ! cette entrevue avec Guise et Montmorency... Mais oui, assez content, Isaac; grâce à toi, j'ai menti avec un aplomb extraordinaire... c'est un péché de plus que je mets sur ta conscience, bouc émissaire des péchés d'Israël!
— Comment l'entend monsieur le maréchal?
— J'ai dit hardiment que j'avais à la disposition de l'association trois mille écus au soleil , et le diable m'emporte si j'en ai le premier.
— Vous les avez, ditle juif en mettant sa main sur la poche qui renfermait son portefeuille. .
— Vraiment! voyons donc.