CHAPITRE I
touchèrent les cheveux blancs du vieillard ; priez pour ceux qui souffrent... priez pour ma mère!
Le vieillard fut le seul à entendre ces derniers mots; la voiture s'était remise en marche.
La roule se fil jusqu'au clialeau sans qu'aucune parole inlerronipîl le silence qui avait succédé au discours du père Bcaudouin.
Eve elie-mènie, si gaie et si causeuse d'ordinaire , pensait à son père , à sa vieille et bonne ville, à ses jeunes compajjnes de la porte Cliar- Iraine et de la rue d Horisson , à ses promenades aux prés de Vernouillet, quand les faneuses chantent autour des veilloltes , et aux gais pèlerinages à Notre-Dame de la Ronde et du Pézery, quand viennent les beaux jours de Pâques.
Eve, fille d'un bourgeois de Dreux, appar-
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lenait à l'une de ces familles qui , Jans presque loutes les villes de France , pouvaient alors opposer avec avantage aux armoiries, aux titres, aux privilèges de la noblesse , leur vieille réputation d'honneur et de probité.
Dans ces honnêtes et religieuses maisons, la vertu, la conscience, le devoir étaient de tradition. Né dans la ville où chacun estimait ses pères , le Gis ne cherchait point à en sortir , et la fortune'acquise par rhonnête industrie de Taïeul s'en allait grossissant à chaque génération par Téconomie , la bonne conduite et le savoir-vivre de ses descendants.
Conserver sans tache leur honneur et la vertu de leurs femmes et de leurs filles, soutenir cl défendre les droits et franchises de leur cité, obtenir de Testime de leurs concitoyens quelque charge honorable qui les fît asseoir au banc d'œuvre dans l'église Saint-Pierre et autour de la table des quarante, ù IHùlel-de-Ville; mourir dans la vieille maison de la famille , au milieu des siens , pour être porté , suivi de tous les notables , à Téglise qui bénit et sanctifie tous les actes de cette honorable vie , avoir place au cimetière auprès «les ancêtres , avec quelques mots d'estime et de souvenir sur un pierre blanche:
voilà quelle était d'ordinaire toute Tambitiou de ces men)bresde rancieiine bourgeoisie.
Pierre Métézeau, eulrepreneur de bâtiments, qu'un génie naturel avait élevé au-dessus de sa classe, Pierre Métézeau avait été appelé au château de Mézières pour donner son avis sur quelques constructions à faire. Ses paroles , pleines de sens et d'esprit, et d'autant plus frappantes qu'elles conservaient le rude , naïf et franc caractère de la langue du peuple, plurent beaucoup à madame de Saint-André. Elle s'iuforma avec intérêt de tout ce qui concernait Tarchitecte, de sa famille , de sa fortune et surtout de ses enfants : c'était le prendre par son endroit sensible. Il parla avec enthousiasme de son fils, Clément Métézeau. Ce serait de celui-là, à Ten croire , que daterait la gloire de son nom. « Je suis un maçon , s'écriait-il les larmes aux yeux , mais Clément sera vraiment un architecte 1 » Parmi ce déluge de louanges et de prophéties dont s'enivrait l'orgueil de l'artiste et la tendresse du père , c'était à peine si la gentille Eve avait obtenu une petite mention; pourtant ce que son père avait dit d'elle était assez flatteur pour que madame de Saint-André, et surtout sa petite Hélène , désirassent vivement faire sa