CHAPITRE II
connaissance. Elle fut donc amenée auprès de ces dames, et elle eut si bien le bonheur de leur plaire qu'elles voulurent la garder au château. Le père consentit d'autant plus volontiers à cette séparation , que, veuf depuis quelques années, il était, malgré sa tendresse pour Eve, un peu embarrassé de la direction d'une jeune fille, de sa présence au milieu des préoccupations de son art, et de la multitude d'ouvriers qu'il employait journellement.
Et maintenant, assise à côté de mademoiselle de Saint-André dans la voiture qui ramène les enfants à Mézières , elle tient la main d'Hélène entre ses mains; et, comme si ce lien la mettait en rapport avec cette âme souffrante, elle la suit dans les détours de ses douleurs secrètes.
Hélène avait alors seize ans; son âme ardente et rêveuse semblait demander à l'avenir des sentiments plus vifs et des pensées plus hautes que cellesdonton Tavaitoccupéejusqu'alors. Grande, gracieuse et bonne par instinct, elle possédait une de ces organisations puissantes, de ces âmes fortement trempées, qui , de bonne heure , ont besoin de prendre la vie au sérieux. Déjà il lui fallait, à la pieuse fille, un but haut placé, ou
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un puissant mobile : rexaltalioii du cœur ou celle de Tesprit, Taiiiour ou la religion.
Et c'était ce besoin d'une pensée unique, sur laquelle elle pût concentrer toutes ses forces, qui, depuis quelque temps déjà, rendait sérieuse et pensive 1 héritière de l'antique et illustre maison Abbon de Saint-André.
Trop jeune encore , et surtout trop purement élevécpourquela seule idéed'un amour mondain se fût présentée à son esprit, c'était pour les {jrandes actions , le courage et les héroïques dévouements qu'on voyait s'enflammer ce cœur de vierge, et ces beaux yeux étinceler tout à coup d'un rayon ardent. Celait alors que la jeune lille avait de pieux élans et de divins transporls , et se sentait à l'aise devant Dieu ! Quand , ange terrestre, elle s'était élancée vers lui avec toute la force de sa foi; quand , le cœur et les lèvres encore injprégnés de lineffable douceur du sacrement d'amour , elle venait , toute palpitante et toute rayomiante de joie, embrasser sa mère , avec quel extatique transport elle lui parlait du bonheur de vivre et mourir dans la sainte religion de ses ancêtres !
Alors la maréchale de Saint-André semblait tressaillir ; elle écoulait sa fille en silence , elle la