‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 19 sur 145 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

regardait avec envie, elle la rapprochait d'elle avec transport comme si elle eût senti le besoin de ranimer sa foi à ce flambeau brûlant; souvent aussi elle la repoussait, mais avec plus de douleur que de colère, et, les yeux gonflés de larmes qu'elle retenait à peine, elle allait précipitamment s'enfermer dans son oratoire. Mais qui peut dire comment elle y priait? Un soir Hélène était entrée par hasard dans celle pièce qui lui élait toujours obstinément fermée; elle n'y vit ni crucifix, ni sainte image; sur la lablelte supérieure d'un prie-dieu, il y avait un livre... un livre noir avec des armoiries sur la couverture...

Où donc, se demandait la pieuse jeune fille, où donc se rendait la grande dame dans ses sorties mystérieuses, elle qui se dispensait, sous un prétexte de sanlé , (Palier prier à l'église prochaine? Quelles élaienl ces lettres dont la lecture la faisait pleurer et auxquelles elle répondait si longuement?

Il y avait un secret, un secret qui s'élevait entre la mère cl la lille, un secret empêchant ces deux âmes de se toucher par tous les points... La conlinnce, I aide et le charme de lu tendresse lualernelle, ii'exislaient pas entre

elles ; et quand Hélène s'efforçait de la rappeler, quand elle révélait à sa mère les secrètes pensées de son cœur ingénu, quand, après Tavoir fortifiée, encouragée ou réprimandée par de bonnes et amicales paroles, madame de Saint- André lui disait : Eh bien 1 n'avez-vous plus rien à me dire? la jeune fille lui adressait du regard la même question. J'ai parlé, moi , ajoutait encore le regard, et vous... vous souffrez, vous pleurez , ma mère , et vous ne me donnez pas les moyens de vous consoler... Est-ce bien, cela?

Seule confidente de ce grand secret, Tétrange camérisle qui accompagne les deux jeunes personnes dans leur promenade pense, de son côté, aux dangers que court sa maîtresse , à la nécessité d'éloigner d'elle les soupçons.

Quelle est cette femme? d'où vient-elle? qui Ta amenée au château de Mézières? On ne sait rien de sa famille, de son pays... Ce nom deDoloride est-il son véritable nom? Vient-elle réellement du Nord, comme son accent paraît l'indiquer?... Quel Dieu prie-t-elle, celle-là? A Téglise, où elle accompagne mademoiselle de Saint-André, elle reste debout, adossée à quelque pilier, l'œil fixé sur l'autel, sans que jamais ses lèvres

Page 1