‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 20 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

se remuent pour la prière, sans que jamais, pour la prière , sa main cherche à son côté les grains bénits du chapelet; c'est à peine si elle incline sa léte, belle d'audace et de dédain, quand la clochette du sanctuaire annonce la consommation du plus auguste des mystères. Triste , vêtue de deuil et sombre comme son nom , elle s'est présentée au château , suppliant madame de Saint-André de la prendre à son service, toute prête, disait-elle, à se résigner aux plus humbles fonctions ; il y a quinze ans de cela. Ses manières distinguées, sa tristesse digue et noble, cette résignation au malheur qui touche surtout les âmes que le malheur a frappées, tout , dans l'étrangère , intéressa vivement madame de Saint-André.

Une fois admise au château , Doloride était promptement montée, des derniers et inhmes degrés de la domesticité, au rôle plus mar- (juant de confidente ; c'est elle que la maréchale, dans ses langueurs de corps et dâinc , chargeait des soins de direction et de surveillance qu'exige une grande maison. Elle s'était toujours montrée, dans ces fonctions plus relevées, dune exactitude , d'une j)énétration , d'un zèle exemplaires, se tenant, avec une parfaite en-

teule des convenances, également éloignée, envers les supérieurs , de riiumilité dégradante, et, envers les autres commensaux du château , de cette morgue de commandement dont se gourment d'ordinaire les domestiques que la laveur du maître ou sa confiance élève d'un cran au-dessus de leur point de départ.

Au milieu des préorcu[)ations que lui avaient données les paroles du vieux berger , Doloride allongeait de temps en temps la tête hors des rideaux de cuir qui entouraient Tanlique carrosse, pour chercher de Toeil le page, seul personnage de la maison qu'elle eùl pris 1 habitude de morigéner.

Celle marque d'attention , de souvenir et de préoccupation était chaque fois déguisée pur un prétexte; elle voulait voir si l'on n'approchait pas eniin du terme de la promenade, ou si la pluie les surprendraitavant leur arrivée, ou, encore, si les deux lévrierts suivaient la voilure.

Ces excuses étaient bien inutiles vis-à-vis des jeunes filles perdues, toutes deux dans leurs réflexions; quant au page, pouvait-il les entendre? Voyait-il même ce regard qui s'attachait sur lui avec une sollicitude mal cachée? j\on ! laissant aller la bride au cou de son aie-

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zan, cheminant, lôte baissée contre le vent d'automne qui fait claquer en arrière les plis de son manteau et courbe la plume de sa toque , il pense aussi , lui , à sa position , à Tincertilude de son sort , à son passé qui s'ouvre par un mystère, à son avenir auquel il n'a donné qu'un but : la découverte de ce mystère.

Il songe à cette nuit dont il s'est fait tant de fois répéter l'étonnante histoire, à ce nouveauné qu'on trouva un malin exposé, sur un lit de feuilles et d'herbes, à la grille principale du château, quelques mois avant l'arrivée de Doloride et son installation dans la famille Saint- André.

Cet enfant, c'est lui ; ce nom de Mézières qu'il porte pour rappeler le lieu où il fut déposé, voilà tout ce qu'il sait de celle naissance mystérieuse... énigdie tragique dont il cherche déjà le mot, et dont son esprit inquiet s'occupe plus que du souvenir de cette charité généreuse et toute chrétienne qui le recueillit, le réchauffa dans son sein, lui, le pauvre enfant abandonné, et le lit élever comme eût pu l'être le fils de quelque (jrande maison.

La bonté, les tendres soins de madame de Saint-André vivent dans le cœur du jeune page;

mais ce cœur s'est chargé, à lui fout seul , d'en garder le souvenir, et son esprit, son imagination sont surtout mis en jeu par cette grande question : De qui suis-je né? et par celte autre grande incertitude : Parviendrai-je à la connaissance de ce fatal secret''

Or, ce sont là ses pensées les plus habituelles ; ce sont les pensées où il s'égare en suivant la litière qui ramène au logis mademoiselle de Saint André. L'image suave et gracieuse de la jeune châtelaine jette bien dans son esprit quelque clarté qui en illumine le ténébreux chaos ; mais cette clarté, depuis que le vieux berger a fait apercevoir au page ce que son cœur renferme en secret pour la fille de sa maîtresse, de sa bienfaitrice, celte clarté le fait tressaillir comme l'éclair qui précéderait l'orage dont il doit être frappé.

— Je les quitterai , disait celte âme malade ; oui, je les quitterai ! Le besoin de découvrir le secret qui me tourmente me forcera de renfermer dans mon cœur cet autre secret qui n'en peut sortir sans que je sois un lâche et un ingrat! H faut que je sache, moi, quel est létal, quel est le litre auquel je dois prétendre , avant qu'une jeune fille...

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