‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 3 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

force de lame que n'ont point tlétries les passions.

Un chien noir au poil long et touffu, à la tête fine, à l'œil ardent, se tenait à quelques pas de là, regardant son maître, comme s'il eût clierclié à deviner ses pensées et à prévenirses ordres. Un autre chien de la même espèce que le pren>ier allait et venait d'un air affairé le long du fossé qui séparait les champs du chemin de Dreux... C'était la limite indiquée à sa surveillance, et il savait bien empêcher les moutons confiés à sa garde de la franchir. Plus loin, dans un autre cbamp, l'on apercevait la hutte roulante qui servait de demeure au berger; elle était située au milieu de l'enceinte en treillage où il parquait son troupeau quand la nuit était venue.

Les deux mains appuyées sur le bois de sa houlette et les yeux levés vers le ciel, le vieillard semblait alors plongé dans une longue et absorbante contemplation.

C'étaitla veille de la Toussaint, et, des tours de la ville prochaine , s'élevait le bruit sonore et aérien des cloches mises en branle pour fêler ceux qui nous ont laissé sur la terre l exemj)le de leur humbles vertus , et nous offrent dans le

ciel , le secours de leur intercession puissante.

— Là ! là ! courage! dit tout à coup le vieux catholique , cédant au besoin de mêler aussi sa voix à ce cantique de l'airain qui , depuis longtemps , exaltait ses pensées religieuses ; courage, mes belles cloches de Dreux I Chantez, Saint-Pierre; chantez, Saint-Jean; chantez, Saint- Etienne! chantez tous dans vos hauts clochers, accompagnez les sons graves et pleins de la grosse cloche du beffroi, tandis que Notre-Damedes-Marches , Saint-Gilles, Saint-Thibaud , et jusqu'au couvre-feu du château font le dessus et lancent leurs voix claires , perçantes et rieuses, comme les enfants de chœur au lutrin du dimanche. Chantez tous dans vos hauts clochers! Les huguenots, vrais trouble- fêtes , vous maudissent et voudraient bien vous briser. Ce n'est point leur faute si vous célébrez encore Dieu et ses saints; mais laissez les dire!... Que de loin dans leurs conciliabules sacrilèges ils vous entendent ! ïroublez-les dans leurs coupables prières, interrompez la parole de leurs ministres; et redites pour l'effroi du prêche ce que crie le peuple aujourd hui :

— Vive le roi ! la sainte messe et M. de Guise qui la maintient!

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