‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 23 sur 145 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

que la plus douce note de la harpe éolienne ; qu'y a-t-il? et que veux- tu , Doloride?

— Hélas! ma chère maîtresse , répondit la camériste en se mettant à genoux devant le lit, n'est-il pas bien triste de troubler voire sommeil pour vous alarmer encore ?

— Oh! mon Dieu! qu'est-ce donc? s'écriat-elleen passant ses mains sur son front , comme pour en éloigner lo sommeil , est-ce que ma fille...

— Non, non, grâce à Dieu! il ne lui est rien arrivé; mais dans noire promenade, j'ai appris ce que Ton dit dans le pays.

— Eh bien, repril-elle d'une voix moins tremblante que tout à 1 heure, mais bien émue encore , eh bien , que dil-on dans le pays?

— Votresecrety court un grand danger, madame.

— Mon secret... mon secrel... Quoi! Ton snit que je l'aime, s'écria-t-elic avec une sorte d'égarement, que je l'ai Icnijours aimé, que, iemme mariée , mère de famille, j'ai conservé dans mon cœur...

— Non, non... calmez-vous, pauvre maîtresse, calmez-vous! Qui connaît ce secret? lui et moi... con)nient d'autres le sauruicnl-ils?

Non, ce n'est pas cela; mais un paysan, un beijrer, a trouvé le livre que vous avez perdu en sortant du prêche Taulre nuit, et vos armoiries gravées sur la couverture...

— Oh , mon Dieu ! et ma fille a vu ce livre , elle Ta reconnu , et elle sait. . .

— Non, un hasard heureux a éloigné de sa vue cette preuve que vous ne priez plus votre Dieu comme elle le prie.

— Hélas! ma chère Doloride, sais-je moimême comment je le prie, et si je le prie seulement; et cependant je suis bien malheureuse, va, et je devrais bien prier! Mon Hélène, ma fille, mon enfant! Cela me ferait tant de mal de savoir que j'ai scandalisé cette âme pure!,.. Moi qui ne la regarde pas de peur de rougir , qui ne l'embrasse pas de peur de pleurer , je la ferais mourir de chagrin, si elle savait le parti que j'ai pris... et pourtant, que fallaitil faire? C'est horrible, vois-tu, d'avoir dans le cœur un amour sans espoir de guérison... Cette plaie que rien ne ferme, qui s'envenime de toute application, finit par décourager de remèdes et de médecins. Puis, la montrer, cette blessure, la montrer en repoussant intérieurement les moyens de guérison, est une chose qui

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répugne, qui laligue, et dont on a liûte de s'affranchir; et puis, te le dirai -je? c'est une pensée d'enfer, je le sais; mais enfln , elle est là... Si je me trompe, eh bien ! je me trompe avec lui ; et du moins , séparées dans ce monde, nos deux âmes seront réunies pour réternité ! !

— Et , dites-moi , chère maîtresse , celle nouvelle adoration du Christ a-l-eiie sanctifié aussi la solitude?... Ces asiles ouverts à la faiblesse , à l'infortune, à l'abandon ont sans doute été conservés par ceux qui se séparent de l'ancienne église?... Oh ! oui ; ils ont été trop malheureux pour ne pas respecter ce qui peut adoucir la rigueur du sort de leurs frères; ils ont été trop battus par les flots pour ne pas connaître tout le bonheur qu'on goûte en se reposant au port. Aujourd'hui, dans notre promenade, au milieu de CCS plaines immenses qui nous entourent , on passant auprès du village de Blainville , nous avons aperçu le clocher et la croix d'un couvent. Ce n'est point sans me sentir attendrie que j'ai erré autour de ses murs... Le calme qui régnait dans cet enclos béni arrivait jusquù mon cœur... A travers les barreaux des grilles j'ai longtemps regardé leurs ombrages, leurs

gazons. De loin en loin , comme une invitation au repos , comme un signe de halte , s'élevaient quelques |)ierres blanches couronnées de buis. Ail! combien , à rasj)ect de ces retraites parfumées , dont la paix n'est troublée que par le bruit des feuilles qui tombent , cl par les soupirs lointains de la cloche et de Torgue , j'ai envié le sort de celles qui y cachent leur innocence ou leur repentir !

— Les docteurs qui veulent rendre au christianisme sa simplicité primitive ont compris les couvents parmi les abus à détruire, répondit madame de Saint-André. Les couvents , disentils , n'ont pas été établis par Jésus-Christ.

— Si la religion est réellement secourable au repentir , à la douleur , tout ce qui a pu aider à la consolation , à la réhabilitation du genre humain, a dû être inspiré par son esprit... C'est ce que répondent sans doute les calholi ques, dit l'étrangère. Quanta moi, je pense que ceux qui ont retiré à la faiblesse humaine un si grand secours ont voulu épurer l'âme en donnant de nouvelles rigueurs aux épreuves qu'elle doit traverser avant de se présenter devant Jéhovah , ajoula-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine.

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