‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 24 sur 145 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

— Je le crois aussi , dit madame de Saint André. Nous avons tous nos épreuves... et bien rudes ont été les miennes , Doloride ! Livrée par les convenances, la fortune, l'ambition , aux bras d'un bomme qui ne s'informa pas si ce cœur était libre et pouvait s'ouvrir à son amour, j'espérai d'abord que de nouveaux devoirs, car je voulais demeurer une bonncte femme, guériraient ce pauvre cœur si peu consulté dans ces liens dont on me chargeait... Et, je le sens, si l'époux qu'on me donna avait, par son amour, par ses soins, par sa sollicitude, par sa confiance, encouragé ces bonnes dispositions, ma guérison eût été complète. Mais le marécbal de Saint-André était tout ce qu'il fallait être pour me retenir sur le penchant de l'abîme et pour m'y faire tomber.

Doloride soupira profondément.

— J'eus bienlôl la certitude , reprit sa maîtresse, après un moment de silence, qu'il fallait renoncer à l'espoir d'encbaîner ce cœur volage <|ui appartient à toutes les femmes, à tous les caprices, à toutes les folles dissipations de ce temps de corruption , à toutes les intrigues de ce pays immonde, (jue Ton nomme la cour de CatlieriuedeMédicis Jouet de toutes ses passions,

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livré à tous les excès , le maréchal sacrifie tout à ses désirs. La facile conquête de ces filles perdues que Calheriiie traîne à sa suite , car Tinfâme se fait de l'espionnage avec la prostitution, ne suffit pas à son [joût effréné pour le plaisir. Son or, ses flatteries, ses promesses, ses séductions cherchent partout des victimes, et la violence, la violence elle-même, Doloride , vient à son secours pour en augmenter le nombre.

— C'est pourtant vrai, cela ! s'écria la femme étrangère, en cachant son visage dans les plis de la couverture du lit, auprès duquel elle se tenait toujours agenouillée.

— Sa fortune s'est épuisée dans les profusions de cette vie de luxe et de débauche , reprit madame de Saint-André ; il en est aux ressources désespérées pour se procurer de Targent. Au pouvoir des usuriers et des juifs qui s'attachent à lui , comme les sangsues au corps du noyé , il clierche dej)uis longtemps à obtenir de moi une signature qui m'engage de nouveau et consomme la ruine de ma fille, en lui enlevant cette terre, le sei^ bien de ma dot que je puisse encore lui transmettre libre et complet. J'ai refusé jusqu'à présent , mais qui sait si lui -môme ne viendra pas dans cette solitude, où m'a confinée son

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