CHAPITRE m
la grande croix couronnée de buis; plus loin encore, la fumée du village qui monte en amphithéâtre et se perd dans les grands noyers étages sur le revers de la colline.
S'éloignant des chaumières groupées aux environs du château de madame de Saint-André , Mézières se trouva bientôt au pied d'un vieux mur dont le long cordon servait d'entourage à un clos garni d'arbres fruitiers. Leurs branches aux feuilles jaunes et aux quelques fruits oubliés pendaient sur la route , dépassant la muraille décrépite , moitié pierres et maçonnerie , moitié terre et bauge , avec son recouvrement de chaume éraillé , ses grandes lézardes que le lierre semblait soutenir de son réseau toujours vert. Une brèche à hauteur d'appui, remplie par des fagots d épine où le liseron avait déjà fait courir ses guirlandes, permettait même à l'œil de découvrir Tintérieur de ce jardin mal clos.
Quatre sentiers en friche , garnis de chaque côté par des pommiers dont la vieillesse était indiquée par la nodosité et les cicatrices de leur souche et de leurs branches réunies par le haut en voûte inégale, arrivaient en ligne droite à IHîU près à un rond-point dont le milieu était
lui-même occupé par uu pavillon j large et massif bâtiment aux quatre façades, regardant par chacune de ses quatre feuèlres chacun des quatre sentiers. Cette antique construction , au perron garni de clémalite, aux hautes fenêtres encadrées de briques, au toit pointu avec la girouette en tête de dragon, ne manquait pas d'une certaine noblesse. L'état de délabrement des murs de clôture se retrouvait aussi dans les dehors de celte habitation : les pierres du perron étaient disjointes, un grand nombre de balustres manquaient à sa rampe ; un seul vase garnissait lextrémité de ses premiers degrés , celui qui lui servait de pendant avait été brisé, et ses restes gisaient sur terre à moitié recouverts de mousse et de lichens ; les fenêtres n'avaient que des contrevents chancelants et vermoulus, et, comme il arrive dans une maison à peu près abandonnée , les vitres n'étaient pas en meilleur état de conservation. Des lignes de charmille et de buis , interrompues par Tenvahissement des ronces et des orties, indiquaient dans le terrain divisépar les allées les traces effacées d'un parterre ; les fleurs avaient prosaïquement fait place au blé, à l'avoine et au chanvre; de loin eu loin, pourtant, un massif de rosiers , de lilas